Nous ne sommes pas à vendre

26 octobre 2017

Début septembre, dans Le Monde, un article évoquait ces trafiquants d’organes qui exploitent la misère des migrants, en Egypte, en Syrie, en Irak. Un marchandage du corps dont certains médecins se font complices, se transformant en bioproxénètes. Sans réaction de la corporation. C’est un rappel à la réalité, à la responsabilité, alors que le corps médical se gargarise de 4.0, de «precision medicine» et de médecine personnalisée.

Quand une profession ferme les yeux devant de tels actes de la part de ses membres, elle devient indigne. Car ce trafic d’organe est un nouveau cannibalisme, un nouvel esclavagisme; une exploitation du pauvre par le riche, une médecine «dépersonnalisée» où l’homme n’est plus une personne, mais l’objet d’une transaction, un réservoir d’organes pour receveur fortuné.

Cet exemple extrême survient à une époque charnière pour notre métier. Les évolutions techniques nous placent aujourd’hui devant un choix: entre d’une part une médecine hypertechnicisée, arc-boutée sur le big data, une médecine prometteuse mais désincarnée, aux mains d’ingénieurs médecins; et d’autre part, une médecine plus traditionnelle, peut-être moins flamboyante, remettant au centre la relation médecin-patient, les valeurs humaines, avec comme priorité la prise en charge de la souffrance.

Mais pourquoi devrions-nous choisir? Sommes-nous condamnés à former deux types de professionnels ou pouvons-nous imaginer qu’une seule personne puisse endosser ces deux rôles?

En l’état, ces questions restent ouvertes. Mais nous devons déjà affirmer ce que nous ne voulons pas: nous ne voulons pas de Google comme intermédiaire pour trouver un vendeur d’organes, nous ne voulons pas d’Amazon pour livrer un rein ou un morceau de foie, payé en bitcoins ou par PayPal. Nous ne voulons pas des dérives d’une globalisation qui nous font perdre de vue le sens, et nos valeurs. La médecine doit être au service de l’homme et non des trafics, des marchés. Il y a l’exemple honteux, repoussoir, du Proche-Orient. Mais il faut rester vigilant ici aussi: pour être crédible, la médecine personnalisée doit être un progrès social, un progrès pour tous, et non pas une panacée pour quelques happy few fortunés.

Jean-Daniel Tissot, Doyen FBM

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