Enseigner: oui, mais quoi?

26 avril 2018

Notre faculté est riche d’enseignants, mais – paradoxalement – nous ne tirons pas les enseignements de nos expériences.

Depuis des années, le morcellement est dénoncé tant par les professeurs que par les étudiants; ils déplorent les répétitions, les redites, le bachotage démagogique qui s’entremêlent avec les changements successifs de méthodes et d’approches pédagogiques, les transformations des objectifs d’apprentissage, comme si tout devait changer sans arrêt, comme si tout ce qui avait été fait auparavant était stupide. Enseignement présentiel, enseignement à distance, objectifs pédagogiques, suivi, évaluations, contrôles: dans tout cela, où est le sens? Où va-t-on? Comment assumer nos objectifs d’excellence?

Dans ce billet d’humœur, je reprends les mots du professeur Jacques Gasser, qui me décrivait ses trois priorités pour le développement de son département:

  • La première priorité, c’est de réussir à changer les choses pour les améliorer
  • La seconde priorité, c’est de réussir à ne pas changer ce qui fonctionne
  • La troisième priorité, enfin, c’est de réussir à concilier les deux.

Dans nos mondes en évolution constante, les deux dernières propositions de Jacques Gasser sont systématiquement mises au rebut: nous oublions de réfléchir. Nous passons d’un système à un autre, nous jonglons avec des concepts, nous pensons que ce sera mieux demain, que ce sera même nettement mieux, qu’il est nécessaire de changer, de faire autrement.

Non: sachons reconnaître ce qui marche, ce qui est construit, ce qui est bâti, et bien bâti. La fuite est une mesure systémique qui ne permet pas la comparaison, qui ne permet pas l’auto-évaluation, car les critères d’observation changent en même temps que les changements. Nous perdons nos repères en prétextant viser l’amélioration continue, qui s’approche plus d’un changement permanent non maîtrisé et non maîtrisable.

Ne soyons pas naïfs: la société est en mutation, heureusement. Les étudiants dénoncent le sexisme tant comportemental des professeurs que celui qui est transmis dans leurs propos, dans leurs supports de cours ou même, ce qui est grave, dans des ouvrages de médecine à large diffusion.

L’enseignement doit être un respect sociétal. Respect de l’apprenant bien sûr, car il y a échange de celui qui sait à celui qui ne sait pas; respect des valeurs; respect des difficultés; respect de soi-même: l’enseignant doit être fier de sa capacité à transmettre ce qui lui a été donné. Il est un maillon de la chaîne du savoir, il ne doit être le maillon faible, même si les tractions qui sont exercées sur cette chaîne sont multiples, fortes et trop souvent désordonnées.

En effet, que de fois n’entendons-nous pas: «Il faudrait enseigner l’économie, l’éthique de la recherche, l’anthropologie, la gestion des données, la globalisation et la mondialisation, la médecine de proximité, la place des GAFAM, l’«ammortalité», les «omiques», la sociologie...». Bref, tout ce qui touche l’homme au 21e siècle, qui préoccupe la société et l’occupe dans la recherche effrénée vers une bonne santé, exempte de maladie, de souffrance et de mort.

Le danger de ce foisonnement de propositions est celui de la dispersion, de la perte de l’essentiel. Il faut avoir du courage pour dire non à celles et ceux qui pensent, peut-être à juste titre, que leurs préoccupations sont d’une importance capitale. Nous devons respecter nos étudiants: ils ne sont pas des éponges qui peuvent tout absorber. Au contraire, nous devons leur apprendre à être critique, à remettre en question les acquis, à développer la soif de connaître sans la remplir en apportant plus de dégoût que d’envie. Altérer ou désaltérer…

Enseigner est un privilège et non une charge, même si trop souvent l’on parle de charges d’enseignement. Devenir professeur ne doit pas être un aboutissement, c’est un commencement, un engagement pour porter des valeurs, les transmettre, les laisser à d’autres sans jamais les délaisser.

Mais il ne faut pas en rester au constat, il faut aller plus loin que la déclaration d’intention. La FBM doit proposer des pistes de solutions, qui passeront par la redéfinition du rôle du soignant, des rôles des maîtres et des étudiants. Commençons par relire les Dialogues cliniques du professeur Maurice Roch, et restons maîtres de nos destins.

Jean-Daniel Tissot, Doyen FBM

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