Davide Malatesta

Maître d’enseignement et de recherche (MER) à l’Institut des sciences du sport de l’UNIL (ISSUL), qui s’intéresse notamment à l’activité physique adaptée chez les personnes âgées et les personnes en situation d’obésité.

Davide Malatesta, pouvez-vous résumer votre parcours?
Je suis né à Milan, où j’ai fait mon Bachelor en sciences du sport, avant de partir à Dijon pour mon Master, axé sur l’entraînement et la performance sportive. J’ai fait un DEA à Strasbourg, puis mon doctorat à Montpellier centré sur la physiologie de l’exercice et sur la biomécanique: il portait sur l’analyse énergétique et biomécanique de la marche chez le sujet âgé. L’idée était d’étudier la marche dans cette population et d’utiliser ce mode de locomotion pour améliorer le «fitness» - un terme difficile à traduire en français, mais on peut parler d’«aptitude physique générale». Je suis ensuite arrivé à Lausanne, d’abord à l’ISSEP, qui est devenu l’ISSUL en 2009. J’ai été nommé MER en 2008.

A l’ISSUL, vous avez continué à travailler avec les personnes âgées?
Tout à fait, ainsi qu’avec les personnes en situation d’obésité. Dans le cas de la marche, grâce à l’analyse énergétique et biomécanique de la locomotion, on a constaté qu’il y avait une augmentation du coût énergétique chez ces deux catégories de personnes. Comment évalue-t-on ce surcoût énergétique? En mesurant les échanges gazeux, notamment la consommation d’oxygène et le rejet de gaz carbonique, mesurés à la bouche de la personne au repos et pendant l’exercice. Il est important de comprendre l’origine de cette augmentation du coût énergétique de la marche chez ces deux catégories de personnes ; en effet, quelqu’un qui marche avec un surcoût énergétique va se fatiguer plus vite, et il va donc réduire son périmètre de marche, ce qui peut contribuer à une augmentation de la sédentarité. C’est un cercle vicieux, qu’il faut enrayer.

Comment expliquer cette hausse du coût énergétique chez les personnes âgées?
En vieillissant, on observe une diminution de l’aptitude physique aérobie, de la masse musculaire et une altération du contrôle opéré par le système nerveux central. On note une modification significative du «pattern» de marche à partir de 65 ans. Mais ce n’est pas une fatalité: cette modification peut être retardée chez les gens qui restent actifs même après cet âge «critique». Il y a donc clairement un effet de la sédentarité, qui amplifie l’effet du vieillissement naturel, chez les personnes âgées. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas irréversible: en les entraînant, aussi bien les personnes âgées que les personnes en situation de surcharge pondérale, on peut faire baisser le coût énergétique de la marche et augmenter ainsi leur activité physique journalière en limitant donc leur sédentarité et les risques de mortalité.

En les entraînant? Mais comment?
On utilise les mêmes concepts que dans le sport de haut niveau, mais adaptés – d’où l’acronyme APA, pour «activités physiques adaptées». C’est un des axes de recherche de l’ISSUL. Nous utilisons par exemple notre salle hypoxique, dont la teneur réduite en oxygène simule des conditions d’altitude. Les athlètes l’utilisent pour améliorer leur performance d’endurance en augmentant la capacité de transport de l’oxygène dans leur sang. Dans une étude1 menée en collaboration avec le professeur Millet, le doctorant Aitor Fernandez Menendez de l’ISSUL, le Département de l’appareil locomoteur (Dr Saubade) et le Centre des maladies osseuses (Prof. Hans) du CHUV, nous avons entraîné en parallèle un premier groupe de personnes en situation d’obésité dans la salle hypoxique, et un deuxième groupe en conditions normales, trois fois par semaine avec une heure de marche à une vitesse librement choisie par la personne (vitesse préférentielle, autrement dit leur «vitesse de croisière», la vitesse la plus confortable pour eux). Nous en avons tiré un enseignement intéressant: après l’entraînement, les améliorations au sein des deux groupes étaient similaires, mais nous avons observé que les membres du groupe s’entraînant en salle hypoxique choisissaient et s’entraînaient à une vitesse de marche plus faible par rapport au groupe qui s’entraînait en conditions normales. Ce résultat est particulièrement intéressant, parce que la marche à une vitesse plus faible permet de réduire les stress articulaires, et donc le risque de blessure, alors même que l’entraînement en salle hypoxique reste assez intense pour avoir un effet au niveau cardiovasculaire notamment. En outre, l’entraînement en altitude a un autre effet: une baisse d’appétit, ce qui peut aussi être un facteur bénéfique dans les cas d’obésité.

L’ISSUL est un institut particulier, à cheval entre deux Facultés, les SSP et la FBM: comment cela se passe-t-il au quotidien?
C’est un institut multidisciplinaire, qui reflète la multidisciplinarité des sciences du sport, et la multiplicité de nos missions. La première, c’est de former des professeurs de sport. Mais récemment, d’autres filières de formation sont apparues dans le domaine des sciences du sport: la filière entraînement et performance, la filière du management du sport et la filière APAS (activités physiques adaptées et santé), qui caractérisent l’orientation des trois masters de l’ISSUL. Il y a également une grande variété de thèmes de recherche. En effet, de la même façon que nous étudions le coût énergétique de la marche des personnes âgées ou en situation d’obésité, nous pouvons estimer le coût énergétique de la course chez des coureurs afin de les évaluer et de comprendre comment on peut améliorer leur performance en baissant ce coût (leur «économie de course»). Récemment, j’ai pu mener une étude qui a comparé le coût énergétique et le coût mécanique de la course avec des chaussures normales et des chaussures dites «minimalistes», les «fivefingers». Résultat: même si les coureurs modifient et adaptent leur façon de courir suivant le type de chaussures, leur dépense énergétique lors de quarante-cinq minutes de course reste la même.

Et qu’en est-il des projets multidisciplinaires?
Dans ce cadre, un nouveau projet sur le suivi post-opération bariatrique est en train de se mettre en place en collaboration avec la professeure Anne Marcellini, sociologue du sport à l’ISSUL, mais affiliée aux SSP, ainsi qu’avec l’UFR STAPS (ndlr: Unité de formation et de recherche «Sciences et techniques des activités physiques et sportives») de Montpellier et différentes entités du CHUV, dont la Consultation de prévention et traitement de l'obésité (Dre Favre) et le Centre des maladies osseuses. Le projet vise à suivre des patients après une pose de bypass, en couplant une partie biomécanique avec des questions d’ordre social et psychologique (changement dans la perception de soi). Ces exemples représentent bien l’ISSUL. Nous couvrons tout le spectre: du sport comme compétition, avec ses règles, ses performances, ses événements, à l’activité physique comme vecteur de bien-être et de santé.

Et vous-même, vous faites du sport?
J’ai fait du waterpolo en Italie. A mon arrivée à Lausanne, j’ai d’ailleurs un temps entraîné l’équipe de waterpolo. Toutefois, c’est un sport ingrat: quand on arrête, il est très difficile de l’entretenir! Mais je cours, je fais du vélo… Pour moi, il est très important de rester actif: j’en ai besoin, j’ai besoin d’une autre fatigue que celle générée par l’ordinateur. Et je trouve important aussi d’être cohérent avec mon propre discours!

 

1Aitor Fernandez Menendez, Gilles Saudan, Ludovic Sperisen, Didier Hans, Mathieu Saubade, Grégoire P. Millet, and Davide Malatesta. Effects of Short-Term Normobaric Hypoxic Walking Training on Energetics and Mechanics of Gait in Adults with Obesity. Obesity (in press).

Par Nicolas Berlie - Communication FBM, mars 2018

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