Thèses en cours

Tendre vers sa voie en retrouvant sa voix en suisse romande. Parcours migratoires et trajectoires de (ré)appropriation linguistique, sociale et psychologique - Malika Ben Harrat

Sous la direction de Thérèse Jeanneret (Université de Lausanne)

La migration provoque un changement de statut administratif, professionnel et linguistique, qui impacte de manière variable les individus. Confrontées à de nouvelles pratiques et normes langagières et sociales à conjuguer avec celles déjà intériorisées jusque-là, les personnes se trouvent dans la nécessité de se relégitimer à leurs yeux et à ceux de la société d'accueil. Si l'appropriation langagière et l'accès à l'emploi sont considérés par les acteurs politiques et sociaux comme des indicateurs du degré d'intégration de 1a personne étrangère dans la société suisse, cette légitimation doit parfois aussi être regagnée auprès des membres de leur famille, notamment lorsqu'il existe une asymétrie linguistique dans 1a langue de la société d'accueil parmi ses membres. Dans ce cadre, mon projet consiste à identifier les réalités du parcours d'intégration et de la trajectoire d'appropriation langagière en Suisse romande de personnes migrantes ayant au moins un emploi et un enfant, et de voir comment l'appropriation langagière joue ou a joué un rôle dans leur processus de relégitimation. À l'instar des cinq femmes rencontrées en milieu associatif en 2010 qui feront partie de mon corpus, un apprentissage guidé de la langue est souvent une étape nécessaire pour retrouver leur situation professionnelle initiale. Ces femmes, qui sont toutes des mères de famille qui ont leurs enfants scolarises dans le canton de Vaud, viennent d'un milieu social modeste et avaient des aspirations professionnelles plus élevées que leur emploi du moment.

En interrogeant ces femmes ainsi que les autres membres de leur famille au moyen d'entretiens et d'enregistrements d'épisodes de la vie familiale, je tenterai d'analyser leur trajectoire d'appropriation langagière et leur situation professionnelle six ans plus tard. Le regard de leur conjoint et de leurs enfants constitue une entrée supplémentaire afin de comprendre les tensions identitaires potentielles engendrées par les passages des differents membres entre les cercles intime (famille) et socioprofessionnel (école, lieu de travail). Mon corpus sera complété par divers documents écrits (lettres, messages, emails, interventions sur les réseaux sociaux, etc.) relatifs à la vie privée et professionnelle. Ainsi, la problématique de mon étude sera formulée en ces termes :

Quels types de langue apprend-on, comment, à quels moments, et dans quels buts ?

Pour ce faire, je m'appuierai sur trois questions de recherche :

  • Quelles sont les particularités du parcours migratoire des personnes interrogées ? (Situation familiale, pays de résidence, emplois occupés, etc.)
  • Quel sens les personnes interrogées donnent-elles au français dans leur parcours d'intégration et dans celui des autres membres de la famille?
  • Comment s'articulent les influences sociales et psychoaffectives de ces parcours pour structurer les modalités de I'appropriation langagière de la femme allophone de la famille?

D'un point de vue théorique, l'intégration sera envisagée en tant que processus social et psychoaffectif. Les représentations liées au statut de migrant, ainsi que les positionnements sociaux qui en découlent dans et hors de leur famille seront investigués. Il s'agira de définir l'appropriation langagière dans une perspective centrée sur l'agir social, en termes de socialisation, dlnvestissement/désinvestissement dans une appropriation langagière consciente, de statuts (par exemple administratif) et de rôles au sein de la famille, ainsi que des dynamiques de pouvoir et de réaménagements identitaires qui y sont liées.

Perdre l'usage de la parole, puis le retrouver : pour une anthropologie de nos usages ordinaires de la lecture - Joséphine Stebler

Sous la direction de Yves Erard (Université de Lausanne) et V. Das (Université Johns Hopkins, USA)

Qu’appelons-nous « lire » ? Qu’appelons-nous « savoir lire » et « ne pas savoir lire » ? L’anthropologie de la lecture proposée dans ce travail voudrait interroger, décrire et, partant, clarifier le rôle que joue la lecture dans nos vies. Si l’importance d’une telle enquête trouve écho dans l’insistance du débat public sur des questions liées à notre rapport au « monde de l’écrit » (enseignement de la lecture, lutte contre l’analphabétisme, maîtrise insuffisante de l’orthographe, influence des nouvelles technologies, modification des habitudes de lecture et de publication, etc.), ce travail n’a pourtant pas pour vocation de proposer une énième contribution au débat opposant méthodes syllabique et globale d’enseignement de la lecture, ni de développer une théorie sur le rapport à l’écrit d’une certaine génération dite « Y » ou sur la transformation de nos pratiques d’écriture et de réception à l’heure du numérique et autres classements de Shanghai.

En décrivant ce que nous appelons « lire », « savoir lire » et « ne pas savoir lire » dans le flux de nos existences ordinaires (d’enfants, d’adultes, d’élèves et de maîtres), cette recherche voudrait (faire) voir des emplois que nous faisons de ces expressions. En tentant de montrer – contre le mythe d’une signification essentielle de la lecture (Wittgenstein 2004) – que nous faisons toutes sortes de choses que nous appelons « lire », ce travail se veut une tentative pour retrouver le(s) sens de l’usage (du mot « lire ») (Laugier 2009) et par là reconnaître la complexité de notre rapport à la lecture.

Les usages du sens. Enquête sur l'interprétation - Sacha Auderset

Sous la direction de Yves Erard (Université de Lausanne)

 

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