Historique

Quelques étapes de l’émergence des « Cultures et Humanités Digitales » à l’UNIL

Dès leurs origines, les formalismes logico-mathématiques puis l’informatique ont été appliqués aux sciences humaines et sociales. On peut, dans l’histoire récente, mentionner: l’application des méthodes et modèles statistiques à la psychologie, la sociologie ou l’économie au début du XXe siècle; le développement d’outils informatiques appliqués aux bases de données, en particulier textuelles, dès les années 1950; ou l’étude de grands réseaux d’acteurs et de documents à la fin du XXe, à partir de concepts développés en physique statistique. Parmi de nombreux autres exemples, la revue francophone «Mathématiques, (Informatique) et Sciences Humaines» est éditée depuis 1962.

A l’UNIL, toutes les disciplines de sciences humaines et sociales participent, depuis plusieurs décennies, au développement et à l’application de paradigmes et méthodes issues des sciences mathématiques et informatiques. Citons en particulier, en Sciences Sociales et Politiques (SSP), la création de l’Institut de Mathématiques Appliquées aux Sciences Sociales (IMA) de 1988 à 2012, et en Lettres, la création en 1992 de la Section d’Informatique et de Méthodes Mathématiques appliquée aux Sciences Humaines (IMM) fusionnée en 2013 avec la Linguistique en une nouvelle Section des Sciences du Langage et de l’Information (ISL1 ) ; toujours en Lettres, on recensait fin 2012 l’existence de 23 bases de données de recherche et d’enseignement, impliquant la plupart des disciplines.

L’émergence de l’expression Digital Humanities en 20012 et son rapide succès institutionnel signalent le moment de la prise de conscience des profondes transformations du savoir et de ses pratiques3, notamment au sein des sciences humaines et sociales comme en témoigne la prolifération de communautés scientifiques, de revues et de filières de formation en anthropologie digitale, histoire digitale, sociologie on-line, cultural analytics, digitial studies, etc.

Intrigués par l’émergence de ce label, un groupe de chercheurs informel de l’UNIL a décidé au printemps 2010 de le traduire en français par «Humanités Digitales» (HD) et d’en discuter avec un collègue EPFL, Frédéric Kaplan. Ce groupe informel a obtenu ses premiers crédits de recherche de la FTSR pour différents petits projets qui ont pris place à l’automne 20104, et ont permis notamment de lancer au printemps 2011 les premières rencontres "Humanités Digitales @ unil". Elles ont abouti à un colloque en août 2011, publié sous forme papier et ebook aux PPUR : Lire Demain. Des manuscrits antiques à l’ère digitale.

L’idée de créer un pôle de compétences et de recherche Unil-EPFL en HD a été lancée dans un débat public le 4 avril 2011 par Martin Vetterli (EPFL). Sous l’impulsion initiale de la théologienne Claire Clivaz (FTSR), de l’historien François Vallotton (Lettres), du littéraire Jérôme Meizoz (Lettres) et de l’historien et anthropologue Christian Grosse (FTSR), avec l’ingénieur en intelligence artificielle Frédéric Kaplan (EPFL), le groupe de chercheurs s’est alors étoffé. Il a pu, sous l’égide du sociologue des sciences Dominique Vinck (SSP), préparer en automne 2011 la première étape d’un projet PRN en «Cultures et Humanités Digitales». Ce pré-projet rassemblait, au sein de l’UNIL des collègues de trois Facultés (Sciences Sociales et Politiques - SSP, Théologie et Sciences Religieuses - FTSR, Lettres), en synergie avec l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) (S. Süsstrunk) et l’Université de Berne (M. Stolz). Ont également participé à la conception de ce projet des collègues de l’Interface Sciences-Sociétés, des universités de Bâle et Fribourg, l'EPFZ, la Haute Ecole Pédagogique (HEP) Vaud, du FORS et de la BCU, notamment. Le projet est soutenu par l’engagement de la Direction de l’UNIL et des trois Facultés impliquées, notamment de créer quatre postes de professeurs au cas où le PRN serait obtenu. Le projet traduit une volonté collective d’aller de l’avant avec ou sans PRN.

A la rentrée de l’année académique 2012-2013, le domaine des «Cultures et Humanités Digitales» commencent à recevoir un visage institutionnel grâce à :

  • La création et la dotation, au 1er août 2012, d’un laboratoire à l’EPFL : «DH Lab» (dirigé par F. Kaplan, pour lequel un poste de Professeur Tenure Track a été créé).
  • Le fléchage «Humanités digitales» d’un poste d’assistant en sociologie en SSP dont la thèse sera dirigée par D.Vinck).
  • La planification, pour l’automne 2014, d’un poste de professeur en informatique (HEC) fléché «Humanités digitales» pour la plateforme de ressources en informatique P2i.
  • La Faculté de Sciences Sociales et Politiques – SSP de l’Unil prend l’initiative, en août 2012, d’inscrire en son sein la création d’un laboratoire à vocation interfacultaire en Cultures et Humanités Digitales. Ce projet répond à la dynamique collective interfacultaire, impulsée par la préparation du pré-projet de PRN et qui exprime le besoin d’une inscription institutionnelle. Le laboratoire LaDHUL sera créé par décision du Conseil de Faculté SSP le 31 janvier 2013.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1 http://www.unil.ch/sli
2 Cf. M. G. Kirschenbaum, “What Is Digital Humanities and What’s It Doing in English Departments?”, ADE Bulletin 150 (2010), p. 56-57 ; http://mkirschenbaum.files.wordpress.com/2011/03/ade-final.pdf; dernière consultation le 10.01.2012.
3 Pour une présentation plus détaillée de l’émergence des «Humanités Digitales», cf. «Common Era 2.0. Mapping the Digital Era from Antiquity and Modernity», in Reading Tomorrow. From Ancient Manuscripts to the Digital Era / Lire Demain. Des manuscrits antiques à l’ère digitale, C. Clivaz – J. Meizoz – F. Vallotton – J. Verheyden (eds.), with Benjamin Bertho, Lausanne : PPUR, 2012, ebook, p. 23-60.
4 Voir par exemple la publication de ces articles : E. Neeman, en collaboration avec J. Meizoz et C. Clivaz, «Culture numérique et auctorialité : réflexions sur un bouleversement», A Contrario 17 (2012), p. 3-36 ; S. Schulthess, «Les manuscrits du Nouveau Testament, le monde arabe et le digital : l’émergence d’un discours hybride», dans Clivaz, C., Meizoz, J., Vallotton, F., Verheyden, J., (éd.) avec la collaboration de Bertho, B., Des manuscrits antiques à l'ère digitale. Pratiques de lecture, échanges intellectuels et communication scientifique /From Ancient Manuscripts to the Digital Era : Reading Practices, Intellectual Networks and Scientific Communication, Lausanne, PPUR, 2012, e-book, p. 335-346; S. Schulthess, «Die arabischen Handschriften des Neuen Testaments in der zeitgenössischen Forschung: ein Überblick», Early Christianity 4 (2012, décembre), à paraître. 

TOP ^

Suivez nous:    
Partagez:
Géopolis - CH-1015 Lausanne
Suisse
Tél. +41 21 692 32 30
Fax +41 21 692 32 15