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Historique des Facultés et principales Ecoles de l'UNIL

Faculté de théologie

En 1999, le Conseil de Faculté se prononce en faveur d’une nouvelle dénomination pour la Faculté, qui devient « Faculté de théologie et de sciences des religions » (FTSR).

En 1536, la venue des Bernois impose au Pays de Vaud la confession réformée, et favorise, dans les années qui suivent, la création d’une Académie dédiée notamment à la formation des pasteurs. En effet, celle-ci propose avant tout un enseignement des lectures classiques de l’Antiquité et la connaissance du latin de type cicéronien.[1] L’Académie de Lausanne devient ainsi «la première école supérieure implantée en territoire francophone».[2]

La première chaire de théologie est pourvue dès 1537 et confiée à Pierre Viret (1511-1571). Le XVIème et le début du XVIIème siècle voient se succéder différents professeurs à cette chaire comme Jean Boeuf (1586-1591), Jean-Benoît Destallens (1603-1610) ou encore Marc de Saussure (1610-1661). En 1644, l’Académie crée une deuxième chaire de théologie avec le professeur Jaques Crespe (1644-1653). Le XVIIIème siècle marque la fin de la domination bernoise et la loi du 28 mai 1806 met en place cinq nouvelles chaires à l’Académie. La théologie est alors divisée en pratique, théorie et historique et interprétation des livres saints.

La période la plus marquante du XIXème siècle va de 1839 à 1845. Elle et connue comme le grand moment florissant des intellectuels à l’Académie avec les professeurs de renom comme Charles Monnard (1790-1865), Alexandre Vinet (1797-1847), Charles Secrétan (1784-1858) ou encore Juste Olivier (1807-1876) dans les domaines de la philosophie, de l’histoire, de la théologie, de la littérature française et du droit. En effet, durant la période de la Restauration, le Pays de Vaud devient une terre d’asile pour les intellectuels français comme Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), polonais comme Adam Mickiewicz (1798-1855) ou italiens, comme Luigi-Amedeo Melegari (1807-1888). Durant les années 1830, l’Académie est bien présente dans la vie publique vaudoise et ses professeurs bénéficient d’une belle écoute et d’un grand succès. Les cours de Sainte-Beuve sur la vie littéraire de Port-Royal n’attirent pas seulement les étudiants, mais également les libéraux ainsi qu’une partie de bonne société lausannoise. C’est l’époque des débats sur la philosophie de la liberté, le rôle de l’Eglise et de l’Etat et des nouvelles théories économiques. Ces dernières sont le sujet des premiers cours libres dispensés par le proscrit italien, Melegari[3], dès décembre 1840. Ses enseignements attirent les auditeurs et il acquiert rapidement une renommée auprès des milieux intellectuels lausannois. La présence de ces hommes éminents à l’Académie constitue un événement avant tout «intellectuel et mondain».

A cette époque les libéraux sont au pouvoir dans le canton de Vaud, ce qui pousse leurs opposants, les radicaux, à parler de l’Académie comme d’un «régime des professeurs» qui formerait seulement une certaine élite du pays. En effet, les libéraux, influencés par les Lumières, réveillent le canton du conservatisme bernois en optant pour un Etat moderne et en voulant donner une formation de haut niveau pour l’élite vaudoise. Monnard a déjà le projet d’instituer une université fédérale avec des facultés. Ce sont donc les libéraux qui sont à l’origine de la loi du 21 décembre 1837 sur l’instruction publique qui veut donner à l’Académie «[le] but de former des hommes pour des carrières qui exigent une instruction supérieure, et d’entretenir dans le pays une culture scientifique et littéraire»[4]. Ils aimeraient axer les études sur la qualité avant tout et non sur le nombre d’étudiants fréquentant l’Académie.

La loi de 1837 propose une transformation conséquente de l’Académie: le passage du latin au français qui participe à la sécularisation de l’institution et la constitution de trois facultés et de 17 chaires: la Faculté de lettres et sciences, celle de droit et celle de théologie. Cette dernière est partagée entre quatre chaires: l’exégétique, la théologie historique avec Jean-Jacques Herzog-Socin (1805-1882), la systématique avec Samuel Chappuis (1809-1870) et la théologie pratique. En 1845, les conflits entre les libéraux et les radicaux se font toujours plus violents et après la démission du gouvernement, le 14-15 février on assiste à la «révolution radicale» avec à sa tête Henri Druey, grand défenseur de la démocratie. Le Conseil d’Etat suspend quarante pasteurs qui refusent d’écrire leur lettre de soumission au gouvernement et par solidarité, une majorité du clergé donne sa démission. C’est ainsi que l’on parle de schisme avec la création de l’Eglise évangélique libre, indépendante de l’Etat, par opposition à l’Eglise nationale.

Cette séparation est due notamment à un nouveau mouvement apparu vers 1820, le «Réveil». Les mômiers ou méthodistes, surnom de ses adeptes, militent pour la séparation entre l’Etat et l’Eglise et mettent en avant le vécu personnel de la foi. En réponse notamment au succès de cette mouvance, on édicte une loi en 1824 pour interdire toute association religieuse à l’extérieur de l’Eglise nationale.

Peu après l’arrivée des libéraux au pouvoir en 1831, la nouvelle loi est supprimée au profit du principe de la liberté de culte. Toutefois, la majorité de la population s’oppose à cette nouvelle liberté. Ce conflit aura un impact certain sur le développement de l’Académie et de sa chaire de théologie, puis plus tard de sa Faculté. En 1845 le gouvernement libéral est contraint à la démission et les radicaux prennent le pouvoir. Les libéraux s’étaient peu à peu éloignés du peuple et leur politique pouvait sembler élitiste. Les radicaux sont plus proches du peuple et prônent la soumission de l’Eglise à l’Etat. Après la «révolution» de février 1845, les radicaux édictent la loi du 12 novembre 1846 sur l’instruction publique supérieure et suppriment la liberté d’étude et d’enseignement, contraire à leurs principes, et le nombre de chaires passe de 17 à 13.

Quelques mois plus tard, le 2 décembre 1846, a lieu le «coup d’Etat académique». Huit professeurs, parmi lesquels Alexandre Vinet et Charles Secrétan, reçoivent une lettre du Conseil d’Etat les informant qu’ils ne sont pas réélus. Ils sont congédiés, car ils fréquentent des assemblées religieuses en dehors de l’Eglise nationale. De surcroît, un libéral comme Vinet tend à vouloir briser la subordination de l’Eglise par rapport au pouvoir politique et ses variations. En effet, les radicaux voient l’Académie comme un repère de mômiers avec un fervent public de disciples. Leurs rapports avec les aristocrates, qu’ils assimilent volontiers aux mômiers, sont tendus. Ce coup d’Etat est un tournant dans l’histoire de l’Académie et son évolution vers une transformation en université. Dans cette perspective, les radicaux aimeraient restructurer l’Académie et en faire une institution égale pour tous et non plus réservée à une élite.

L’année académique 1845/1846 sera funeste pour la Faculté de théologie qui se trouve au centre de la dispute pastorale. Trois professeurs y sont encore présents après le renvoi de Vinet. Cependant, peu de temps après, Herzog-Socin et Chappuis démissionnent par solidarité pour les pasteurs. Il ne reste désormais que César Dufournet (1790-1870) comme professeur à la Faculté de théologie. Cette crise se soldera par la création d’une deuxième Faculté hors de l’Académie: la Faculté libre de théologie.

Il faudra attendre une dizaine d’années pour retrouver la vigueur intellectuelle d’avant 1845 ainsi que le nombre de professeurs ordinaires et d’étudiants. Bon nombre des meilleurs étudiants se sont inscrits dans la nouvelle Faculté libre[5]. Cette perte sera néanmoins compensée par le développement exponentiel des sciences au sein de l’Académie. Cette crise à la fois politique et ecclésiastique a ébranlé violemment l’Académie. 

Dès l’institution de l’Université en 1890, les professeurs de théologie ont été conscients du besoin d’une approche scientifique de la religion. Les théologiens ont le souci de faire de la «théologie au présent», c’est-à-dire en contact permanent avec les problèmes et questionnement de notre temps[6]. Dans cette première moitié du XXème siècle, les enseignements de théologie demeurent axés sur quatre disciplines: l’exégèse de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’histoire des religions et histoire du christianisme, la théologie systématique (dogmatique et morale) et la préparation pratique au ministère pastoral. En outre, nous pouvons ajouter l’apparition de l’histoire de la théologie moderne, dès 1895, avec le professeur Paul Chappuis ainsi que l’option de cours libres tels que la musique sacrée, les missions, les questions d’hygiène ou la géographie historique de la Palestine.

Dès la fin du XIXème siècle, parallèlement au développement de l’anthropologie culturelle, la science des religions[7] commence petit à petit à faire son apparition comme la psychologie des religions (ou philosophie religieuse), mais en tant que disciplines secondaires. Ces deux disciplines demeurent en marge par l’absence de professeur spécifique ou parce qu’elles sont enseignées par des professeurs de l’Ecole des Sciences sociales et politiques (SSP).

En 1945, la sociologie des religions est introduite et quelques années plus tard, l’éthique devient la nouvelle discipline phare.

En mars 1966, la Faculté de théologie de l’Université et celle de l’Eglise libre fusionnent, ce qui renforce les effectifs. On parle dès lors d’Eglise unie ouverte à tous et respectant l’autonomie spirituelle de chacun. Les professeurs de l’Eglise libre deviennent de droit professeurs à l’Université, même si certains ne sont pas titulaires d’un doctorat. L’effectif professoral passe de 8 à 12 et les étudiants de 32 à 52.

En 1968, l’Institut romand des sciences bibliques (IRSB) est créé comme nouvel instrument de recherche pour la Faculté. En 1988, c’est l’Institut romand de Pastorale qui voit le jour afin de promouvoir la recherche en théologie pratique, en ecclésiologie et en sciences humaines. Dans cette perspective la Faculté renforce son pôle de recherche et élabore de nouveaux horizons comme avec la naissance du Département interfacultaire d’histoire et de sciences des religions (DIHSR) en 1989. La création de ce Département témoigne d’une volonté d’élargir la théologie à autre chose que les matières nécessaires à former les pasteurs de l’église vaudoise. Désormais il est possible d’étudier scientifiquement les religions sous un angle non-confessionnel. Témoignant d’une volonté d’ouverture, la Faculté accueille désormais des enseignants qui ne sont plus forcément protestants et qui peuvent avoir des enfants sans être mariés. La Faculté de théologie s’oriente progressivement vers un approfondissement de la connaissance de la tradition chrétienne et des débats sur la dimension religieuse en parallèle à celle anthropologique et sociale.

Le transfert sur le site de Dorigny pour la Faculté de théologie se fait en 1987. La proximité avec les autres facultés ouvre le dialogue entre les disciplines comme l’anthropologie culturelle, la philosophie, l’histoire, les langues et civilisations orientales. En outre, l’éthique qui est traditionnellement étudiée en théologie intéresse le droit, la médecine ou encore les sciences politiques. C’est ainsi que va être crée un Département interfacultaire d’éthique en 1993.

En septembre 2004, dans le cadre du partenariat de Triangle Azur[8], une convention est signée par les autorités politiques de Vaud, Genève et Neuchâtel ainsi que les rectorats respectifs des trois Universités dans le but de distribuer les différents pôles d’excellence en théologie et des sciences des religions. C’est ainsi que l’Université de Lausanne prend comme axe de prédilection les sciences bibliques et les sciences des religions. La même année, la Faculté de théologie fonde la première chaire de Suisse romande consacrée à l’étude du judaïsme.

Depuis plusieurs années l'effectif de la Faculté est assez stable mais la filière «théologie» perd des étudiants au profit de la filière «sciences religieuses». En tout, il s’agit d'un peu moins de 100 étudiants auxquels s’ajoutent une autre centaine venant d’autres facultés et complétant leurs cursus universitaire avec des cours en théologie et en sciences religieuses.

Dès la rentrée 2006/2007, la Faculté de théologie devient la Faculté de théologie et de sciences des religions (FTSR) tout en se composant de trois instituts de recherche: l’Institut romand des sciences bibliques, l’Institut religions, cultures, modernité (IRCM) et l’Institut des sciences sociales des religions contemporaines (ISSRC). Ce dernier constitue un centre d’étude non-confessionnel et multidisciplinaire dont le dessein est d’analyser les phénomènes religieux dans une perspective à la fois psychologique, sociologique et anthropologique. De plus, il se compose, depuis 1999, de l’Observatoire des religions en Suisse (ORS) fondé par Roland Campiche, professeur de sociologie des religions, et dirigé depuis 2002 par le Prof. Jörg Stolz.

Dans ces récentes années (2008), certains professeurs de la section des sciences des religions auraient aimé que l’enseignement de la théologie protestante ne se fasse plus au sein de l’Université de Lausanne. On envisageait la création d’une Ecole romande de théologie en dehors d’un site universitaire suisse romand. Ainsi, les futurs pasteurs n’auraient plus de formation universitaire. Le recteur de l’UNIL, Dominique Arlettaz[9], défend ardemment la nécessité de l’enseignement de la théologie à l’université. Il note l’approche différente faite par les sciences des religions et la théologie sur un même objet d’étude, tout en permettant une collaboration fructueuse et la possibilité d’ouvrir de nouveaux débats. En outre, la Faculté de théologie s’est ouverte d’elle-même à de nouvelles branches comme la science des religions selon les attentes de la société. L’aspect fondamental demeure l’indépendance de l’université par rapport au pouvoir politique et à l’Eglise nationale afin de maintenir une objectivité et une autonomie dans la recherche et l’enseignement.

Emilie Arbellay - UNIRIS 2014

 

[1] Elle offre également un enseignement élevé dans les trois langues anciennes (grec, hébreu et latin), en arts libéraux, en philosophie naturelle et morale; cf. Karine Crousaz, «La naissance progressive de l’Académie de Lausanne», septembre 2010, accessible à l’adresse: http://www3.unil.ch/wpmu/dorigny40/la-naissance-progressive-de-lacademie-de-lausanne/ (consulté le 9 juillet 2014).

[2] Idem.

[3] Alias Thomas EMERY.

[4] Nathalie Gardiol, Le coup d'Etat académique du 2 décembre 1846, Lausanne: Université de Lausanne, 1987, p. 14.

[5] Qui se crée officiellement lors du synode du 9 juin 1847 et qui aura ses locaux dans des maisons privées comme celle des Cèdres ou la Brasserie; cf. Centenaire de la Faculté de théologie. De l’Eglise évangélique libre du canton de Vaud (1847-1947), Lausanne: Etudes théologiques et documents, 1947, p. 8.

[6] Bernard Reymond, «L’esprit de plus de quatre siècles», UniLausanne, Lausanne: Université de Lausanne, n°67, 1997, p. 15.

[7] Entendue comme étude des traditions religieuses dans leur diversité, comme compréhension du phénomène religieux et des religions; «Se posant comme objective ou empirique, elle revendique son indépendance, tant à l’égard de la théologique que de la philosophie (philosophies religieuses ou philosophies de la religion), et elle entend assurer sa scientificité propre», in Pierre Gisel, La théologie face aux sciences religieuses: différences et interactions, Genève: Labor et Fides, 1999, p. 20.

[8]Qui est un réseau de coopération entre les universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel; cf. www.triangle-azur.ch (consulté le 9 juillet 2014). Il existe un partenariat en théologie protestante et sciences des religions entre ces trois universités.

[9] «Lausanne sans théologie, une rumeur infondée», interview de Dominique ARLETTAZ du 27 juin 2008 pour www.bonnenouvelle.ch, site mensuel de l’Eglise réformée vaudoise.

Faculté de droit

Suite à l’intégration, en 2014, de l’Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP), la Faculté porte officiellement le nom de « Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique (FDCA) ».

L’embryon de la formation juridique se met en place dès la fin du XVIème siècle au sein de l’Académie de Lausanne avec les premiers cours qui sont dispensés par le Professeur français De Prez de 1598 à 1600 et ceux hebdomadaires de jurisprudence du Bâlois Jean Steck, de 1611 à 1616[1]. A cette époque, il n’existe pas de carrière d’avocat ou de magistrat: aucune étude n’est nécessaire pour accéder à ces postes qui sont très souvent réservés aux Bernois. Ce fait pourrait expliquer en partie le manque d’intérêt porté au droit au Pays de Vaud et son lent démarrage.

En effet, on doit la création de la première chaire de droit et d’histoire de l’Académie au bailli Jean-Jacques Sinner en 1708 dont le dessein est de répondre aux besoins de l’administration de la justice. Le Conseil de Ville de Lausanne accepte la chaire mais désire que les cours sur les coutumes vaudoises et lausannoises soient donnés en langue française. Les Bernois répondent favorablement, mais pour éviter tout risque d’insoumission, exigent que l’enseignement du droit romain soit en langue latine[2]. En effet, la langue d’enseignement pose problème au XVIIIème siècle, ce qui a pu freiné l’essor de l’étude du droit. Au Moyen Age, la langue judiciaire et notariale est le latin, mais au moment de l’arrivée des Bernois en 1536 ils prescrivent l’usage du français pour les actes notariés. Cependant, le latin demeure la langue officielle de l’Académie.

A ce propos, Gabriel Olivier (1653-1715), magistrat, défend que le choix de la langue devrait se faire en fonction de l’utilité de l’enseignement: à savoir le droit naturel et commun en latin et le droit positif en français[3]. Selon lui, le latin représente un obstacle pour les jeunes Vaudois, qui en ont bien souvent une connaissance insuffisante. Malgré le compromis lors de la création de la chaire de droit, le français ne s’est pas encore imposé.

Après maints périples, le règlement de l’Académie de 1788 scelle l’avenir glorieux du français en laissant aux professeurs le libre choix de la langue de leur enseignement. Le triomphe du français prépare ainsi l’entrée future du droit positif à l’Académie[4]. 

La chaire de droit de l’Académie est inaugurée en 1708. Il faudra cependant attendre 1711 pour la voir attribuée au Professeur Jean Barbeyrac (1674-1744), réfugié français. Ce dernier dispense les cours de droit romain en latin et ceux de droit naturel[5] et d’histoire en français.

Le droit naturel se fonde sur «l’ensemble des règles de conduite de l’homme en société procédant soit de sa nature d’être animal, soit de sa nature d’être raisonnable, soit de sa spécificité ontologique»[6]. Dans cette perspective, le Pays de Vaud a joué un rôle considérable de vulgarisation et de diffusion des doctrines du droit naturel moderne (jusnaturalisme). Il apparaitra comme un médiateur entre la culture allemande et celle française de Rousseau et de Montesquieu. En effet, c’est Barbeyrac qui apporte les traductions françaises de Samuel Pufendorf, Le Droit de la Nature et des Gens, et de Grotius et qui développe les thèses sur l’état de nature et le contrat social. L’Etat est perçu comme une personne morale dont la volonté résulte de l’ensemble des volontés individuelles. Les théoriciens du droit naturel s’opposent au pouvoir arbitraire du Prince, ce qui constitue les premiers germes de la future Révolution française.

On peut dès lors légitimement se poser la question du choix de lier le droit et l’histoire dans une même chaire. L’histoire est remplie d’enseignements et permet de connaître l’origine des choses, de connaître l’homme, ses comportements, ses capacités et pour quoi il est fait. Elle devient donc utile voire nécessaire pour comprendre la science juridique. En effet, le droit naturel repose sur la connaissance de l’homme et ce qui convient à sa nature et réciproquement par l’étude du droit, on développe un esprit critique en histoire.

Cependant, le manque d’intérêt, le peu de curiosité intellectuelle et le faible taux de fréquentation des cours poussent, entre autres choses, Barbeyrac à quitter son poste en 1717 pour Groningue (NL). La carence en étudiants serait due à une connaissance insuffisante du latin et comme cité ci-dessus les études juridiques n’étaient pas obligatoires pour accéder au notariat ou au barreau.  

Malgré le peu de succès de la chaire de droit et d’histoire, le Conseil de Berne décide, en mai 1717, de la maintenir avec la nomination du jeune Charles-Guillaume Loys de Bochat (1695-1754). Ce jeune professeur de 22 ans enseigne le droit naturel et civil, l’histoire et la statistique. Avec son ami Gabriel Seigneux de Correvon, tous deux anciens élèves de Barbeyrac, ils élaborent le premier projet de transformer l’Académie en véritable université et d’en faire le centre universitaire du monde protestant européen dont les cours seraient donnés en langue française. Cependant cette idée ambitieuse se soldera par un échec[7].

Les conditions de travail de Loys de Bochat sont précaires, notamment parce qu’il manque cruellement d’étudiants. En 1740, il quitte son poste de professeur pour celui de lieutenant baillival de Lausanne. Cette année marque un tournant dans l’évolution du droit au Pays de Vaud. La question se pose à nouveau quant au maintien de la chaire de droit et d’histoire: on y répond favorablement, car elle permet aux jeunes Vaudois de faire leurs études juridiques sur place et elle attire les étudiants étrangers, ce qui représente toujours une source de profit pour la ville. La nouveauté réside dans le nouveau règlement édité le 12 septembre 1740 qui institue une chaire propre de droit.[8] La constitution de cette filière unique de droit permet de promouvoir les études juridiques et de les imposer, petit à petit, comme indispensables pour la profession d’avocat et de magistrat. En d’autres termes, on met en place un processus pour valoriser l’enseignement des sciences juridiques notamment par l’immatriculation des étudiants inscrits dans ladite filière. Le successeur de Loys de Bochat, Béat-Philippe Vicat, enseignera le jus naturae et gentium[9], les Institutes de Justinien et le droit romain.

Cependant, il faut attendre le début du XIXème siècle pour voir l’esprit juridique et la connaissance du droit positif prendre essor au sein de l’Académie. Jusque-là, la science juridique demeure axée sur le droit naturel et la culture historique[10].

La loi de 1806 promeut les sciences juridiques avec l’institution d’une deuxième chaire de droit en plus de celle de droit naturel: le droit civil romain et le droit coutumier vaudois. Ce sera finalement la loi du 21 décembre 1837 qui créera la Faculté de droit de l’Académie de Lausanne. Elle se compose de quatre chaires: le droit civil, le droit pénal et philosophie du droit, le droit public et international, le droit romain et histoire du droit. A côté de cela, l’étudiant a la possibilité de suivre des enseignements libres tels que les cours de médecine légale de Charles Hoffmann ou les cours d’économie politique d’Antoine Cherbuliez. La Faculté ne cesse alors de s’agrandir et de se diversifier. Dès 1869, deux chaires supplémentaires sont crées: le droit comparé et l’économie politique. En effet, Léon Walras est nommé en 1870 à la chaire d’économie politique et formule «des modèles mathématiques de l’équilibre économique sous les conditions de concurrence parfaite», connus sous le terme d’équations de Walras.

Le XIXème siècle marque le développement exponentiel du droit à Lausanne comme l’installation du siège du Tribunal fédéral à Lausanne en 1874. Et sur la même lancée une cinquième chaire de droit, celle de droit romain, est créée. Le droit est définitivement ancré à l’Académie et se porte bien.

Au moment de l’institution de l’Université de Lausanne en 1890, la Faculté compte sept chaires. Elle veut augmenter le nombre de cours et dans son optique, elle aimerait faire de Lausanne le centre universitaire suisse de droit. En outre, elle rompt avec la tradition lausannoise en supprimant le droit naturel au profit d’une doctrine pure du droit.

Léon Walras porte un intérêt aux problèmes sociaux et en fait cas dans son enseignement: ce sont les timides débuts de la sociologie. Son successeur Vilfredo Pareto pousse le cheminement plus loin et met en scène l’homo oeconomicus. agissant selon l’ophélimité[11]. Il consacrera certains cours aux systèmes sociaux, à l’égalité et la redistribution des richesses sous le titre encore flou de sciences sociales et politiques. L’œuvre de Pareto associée à celle de son prédécesseur Walras a conféré à l’Université une notoriété internationale[12]. On parle de «L’Ecole de Lausanne» pour désigner le courant d’économistes néoclassiques animé par les disciples de Walras et Pareto.

La Faculté de droit se voit successivement complétée en 1909 par l’Institut de police scientifique, puis en 1911 par l’Ecole des Sciences Sociales et Politiques (SSP) et celle des Hautes Etudes Commerciales (HEC). La Faculté de droit est donc la mère de deux futures facultés: la Faculté des sciences sociales et politiques (1977) et la Faculté des HEC (1978).

Au fil des années, la Faculté de droit va s’agrandir et se diversifier. A la fin des années 1970, on assiste à la création de différents centres comme celui de droit français en 1977, qui deviendra un an plus tard l’Institut de droit français (IDF) ou encore le Centre de recherche sur le droit de la responsabilité civile et des assurances (IRAL) créé en 1973 et devenu en juin 2009 l’Institut du droit des assurances et du travail (IDAT).

Comme à ses débuts, l’économie politique est toujours liée à l’enseignement du droit et indispensable pour tout juriste. Le Centre de recherches interdisciplinaires Walras-Pareto, fondé en 1990, témoigne encore aujourd’hui de cette proximité.

En 2010, après la mise en place des accords de Bologne, la Faculté compte 7 sections: droit privé, droit de l’entreprise, droit de la responsabilité civile et des assurances, droit public, droit comparé, européen et international, droit notarial et le centre d’histoire de la pensée économique Walras-Pareto. Ajoutons à cela les différents instituts et centres qui entretiennent avec la Faculté de droit des liens plus ou moins importants comme l’Ecole des sciences criminelles (ESC), l’Institut suisse de droit comparé (ISDC) ou la Fondation Edouard Fleuret.

Matilde Correia - UNIRIS 2014

 

[1] Danielle Anex-Cabanis, «Des leçons de droit à la Faculté», in. De l’Académie à l’Université de Lausanne: 1537-1987, 450 ans d’histoire, Lausanne: Musée historique de l’Ancien-Evêché, 1987, p. 91.

[2] Idem.

[3] Jean-François Poudret (dir.), L’enseignement du droit à l’Académie de Lausanne aux XVIIIème et XIXème siècles, Lausanne: Université de Lausanne, 1987., p. 23.

[4] Ibid., pp. 21-27. Le droit positif renvoie à l’ensemble des règles juridiques en vigueur dans un Etat ou une communauté.

[5] On entend par droit naturel l’ensemble des normes qui prennent en considération la nature de l’homme et sa finalité dans le monde.

[6] http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8934-1-1.php (consulté le 9 juillet 2014).

[7] Danielle Anex-Cabanis, «Des leçons de droit à la Faculté», in op. cit., p. 92.

[8] Ibid., pp. 171-172.

[9] Soit le droit naturel et des gens.

[10] Jean-François Poudret (dir.), op. cit., p. 5.

[11] Consistant en l’utilité subjective retirée de la valeur d’un bien. C’est la valeur d’usage de ce bien, qui n’a rien à voir son l’utilité (valeur objective). Ainsi pour les Incas l’or avait une grande ophélimité mais aucune utilité.

[12] André Delessert, L’Université au défi. Une histoire sociale de l’Université de Lausanne, Lausanne: Payot, 1991, pp. 140-144.

Faculté des lettres

On ne saurait retracer la genèse de la Faculté des Lettres sans remonter à la naissance même de l’Académie de Lausanne. Dès sa fondation, peu après l’invasion bernoise en 1536, la Schola Lausannensis comporte en effet trois chaires: un chaire de théologie, tenue par Pierre Viret, une chaire d’hébreu et une chaire de grec. Le titulaire de cette dernière, Conrad Gessner, deviendra par la suite l’un des principaux précurseurs de la linguistique comparative et de la philologie moderne[1]. Les enseignements dispensés à la Haute Ecole de Lausanne s’inscrivent néanmoins dans une perspective strictement théologique: ils sont conçus comme les outils d’une meilleure appréhension des textes bibliques. Cela n’empêchera pas certains professeurs de s’intéresser déjà à des oeuvres profanes: Théodore de Bèze, titulaire de la chaire de grec dès 1549 et premier recteur de l’Académie, proposera notamment des traductions des écrits de Diodore de Sicile et de Dion Cassius[2].

Si l’étude des originaux grecs et hébreux représente une nouveauté pour l’époque, le latin restera, conformément à la tradition médiévale, la principale langue d’enseignement – et ce jusqu’au début du XIXème siècle. Afin d’assurer une formation linguistique adéquate, des cours de rhétorique et d’éloquence prennent place dans le cadre d’une quatrième chaire, inaugurée en 1542. La nouvelle chaire des «arts» introduit aux ingenuae artes, qui comprennent aussi bien les mathemata (arithmétique, géométrie, physique, etc.) que l’art de la disputatio ou la philosophie. L’enseignement des «arts» prendra une direction plus proprement philosophique suite à la nomination de Claude Aubery, en 1576. Grand commentateur d’Aristote, défenseur de la doctrine des signatures, Aubery se voit toutefois accusé d’hétérodoxie dès 1588; il donnera sa démission peu après.

Au début du XVIIème siècle, la chaire des «arts libéraux» fait définitivement place à une chaire de philosophie. La Reformatio und Ordnung de 1616 fixe le programme et la durée des études: trois ans de philosophie, puis deux de théologie. Le contenu des cours est également strictement défini: pendant près d’un siècle, Leurs Excellences de Berne préconiseront un enseignement conforme aux préceptes de la «Dialectique» de Pierre de la Ramée (1515-1572), qui récuse notamment l’autorité d’Aristote. Orienté principalement vers la «dispute» théologique, l’enseignement philosophique de l’époque ne permet guère de rendre compte des récentes découvertes de la science; à la fin du XVIIème siècle, l’Académie accuse donc un retard important dans la plupart des disciplines scientifiques. Un mandat souverain de 1698 témoigne du conservatisme ambiant: Leurs Excellences interdisent désormais aux libraires lausannois de diffuser les textes de Machiavel, Hobbes ou Spinoza – entres autres ouvrages «athéiots, déistes ou mystiques et phanatiques»[3].

En 1708, une nouvelle chaire de droit et d’histoire est néanmoins créée, à l’initiative du bailli Jean-Jacques de Sinner. Son premier titulaire, Jean Barbeyrac, donne sa leçon inaugurale en langue française. En 1741 déjà, la chaire d’histoire est supprimée, et l’enseignement du droit seul subsiste; comme le notait André Gindroz, «l’étude de l’histoire n’est pas bonne pour un peuple sujet»[4]. Quelques cours d’histoire sont tout de même dispensés pendant le reste du XVIIIème siècle, mais ils dépendent surtout de l’inclination ponctuelle de certains professeurs. La première loi vaudoise sur l’Instruction publique est votée en 1806: sur les quatorze chaires de l’Académie, aucune n’est encore dévolue à l’histoire.

Pendant près de trois siècles, l’Académie de Lausanne a eu pour vocation principale de former des pasteurs. Avec l’entrée en vigueur de la Loi du 21 décembre 1837 sur l’Académie, la sécularisation de l’enseignement commence enfin. Les cours, désormais donnés en français, sont répartis entre trois facultés: Lettres et Sciences, Droit, Théologie. L’Académie connaît alors une intense période de rayonnement intellectuel, notamment en Faculté des Lettres et Sciences: Juste Olivier est professeur d’histoire, Charles Secrétan est professeur de philosophie, Adam Mickiewicz enseigne la littérature latine et Sainte-Beuve, en visite à Lausanne, donne un cours sur Port-Royal. A l'exception de Mickewicz chacun donnera son nom à une rue de Lausanne. Cet âge d’or prend brutalement fin avec l’arrivée au pouvoir des radicaux, en 1845: les professeurs de Lausanne – en majeure partie libéraux – sont destitués ou donnent leur démission.

En ce milieu de XIXème siècle, les disciplines scientifiques acquièrent une importance inédite et se détachent petit à petit du terreau philosophique qui les a vues naître. La loi du 12 mai 1869 sur l’enseignement supérieur entérine définitivement le divorce des lettres et des sciences (sauf pour la géographie qui ne sera rattachée aux sciences qu’à partir de 2003) : l’Académie compte désormais une faculté des Lettres et une faculté des Sciences distinctes. A la même date, le gymnase vaudois est également divisé en deux sections: littéraire et scientifique. Dorénavant l’enseignement en Faculté des Lettres sera principalement orienté vers la philologie, les langues et la littérature. La loi du 10 mai 1890, qui accorde à l’Académie le statut et le nom d’Université de Lausanne, enrichit toutefois le catalogue des cours de la jeune faculté: un enseignement d’«histoire des arts plastiques» et un enseignement de «pédagogie» voient le jour. Auguste André donne quant à lui ses premiers «cours de diction» en qualité de lecteur; sensible à la condition des étudiants non-francophones, il crée l’Ecole de Français moderne (EFM) vers 1902. L’EFM est rattachée à la Faculté des Lettres, et elle le reste encore aujourd’hui sous le nom d’«Ecole de français langue étrangère» (EFLE).

De nouveaux enseignements apparaissent dans la première partie du XXème siècle; c’est notamment le cas de la géographie (enseignée dès 1907) et de l’archéologie (vers 1944). Mais les véritables transformations structurelles n’interviendront qu’après la mise en œuvre de la Loi sur l’Université de Lausanne (LUL) de 1977. Le règlement de la Faculté des Lettres de 1982 ne fait plus mention de chaires professorales; ce sont désormais quatorze «sections» qui composent la Faculté. Cette dernière comprend en outre trois «instituts» - l’Institut de géographie (IGUL), l’Institut d’archéologie et d’histoire ancienne (IAHA) et l’Institut Benjamin Constant (IBC) – ainsi qu’un «Centre de recherche sur les lettres romandes» (CRLR). Les bouleversements ne sont pas qu’administratifs: pour pallier au nombre croissant d’étudiants – le nombre d'étudiants en Lettres passe de 343 (1970) à 928 étudiants (1980)[5] – les sections investissent peu à peu les locaux du BFSH 1 (dès 1977) et du BFSH 2 (dès 1987) à Dorigny.

La configuration des unités se précise progressivement et la Faculté présente bientôt le visage qu’on lui connaît aujourd'hui: vingt-deux domaines d’enseignement répartis en douze sections, deux écoles (l’EFLE et l’Ecole du Cours de vacances), neufs centres d’enseignement et de recherche et deux départements interfacultaires.

Lorsque l’Académie prit officiellement le nom d’«Université de Lausanne», en 1890, la Faculté des Lettres comptait seize étudiants; en 2014 – et malgré le départ de la section de géographie, qui a rejoint la Faculté des Géosciences et de l’Environnement en 2003 –, plus de 2'000 étudiants y étaient immatriculés[6].

Sacha Auderset - UNIRIS 2014

 

[1] Voir notamment l’opuscule publié en 1555, Mithridates. De differentiis linguarum tum ueterum, tum quae hodie apud diuersas nationes in toto orbe terrarum usu sunt, Conradi Gesneri Tigurini Obseruationes, accessible à l’adresse: http://ctlf.ens-lyon.fr/n_fiche.asp?num=5101 (consulté le 9 juillet 2014).

[2] Anne Bielman, Histoire de l’histoire ancienne et de l’archéologie à l’Université de Lausanne, Lausanne: Université de Lausanne, 1987, p. 13.

[3] Cité in De l’Académie à l’Université de Lausanne: 1537-1987, 450 ans l’histoire, Lausanne: Musée historique de l’Ancien-Evêché, 1987, p. 19.

[4] Cité in Ibid., p. 88.

[5] Voir O. Robert et F. Panese, Dictionnaire des professeurs de l’Université de Lausanne, Lausanne: Université de Lausanne, 2000, pp. 1423-1424.

[6] http://www.unil.ch/central/page43594.html (consulté le 9 juillet 2014).

Faculté des sciences sociales et politiques

Le premier enseignement que l’on peut rattacher aux sciences sociales et politiques est celui d’économie politique donné par Charles Comte dès 1821. Comte est un exilé, qui cherche à éviter une condamnation pour propagande libérale et crime de presse. Ses amis vaudois lui procurent alors une place à l’Académie de Lausanne, où il enseigne également le droit public et le droit privé.

Dès 1838, la charge du cours d’économie politique est confiée à Antoine-Elysée Cherbuliez. Ce dernier est opposé aux révolutions qui ont lieu en Europe, à la démocratie, aux interventions de l’Etat dans l’économie, etc. Ce discours conservateur est très apprécié des Vaudois.

Luigi Amedeo Melegari reprend la charge d’enseignement en 1840 avec succès. C’est un patriote italien du Risorgimento, exilé en France, qui est arrivé à Lausanne sous le nom d’emprunt de Thomas Emery, Lorsqu’il révèle sa véritable identité, il obtient un permis de séjour, puis la naturalisation vaudoise. Melegari est destitué de son poste en 1846, à la suite du coup d’Etat universitaire de février 1845 et regagne l’Italie où il enseigne le droit constitutionnel à l’Université de Turin.

De 1856 à 1870, aucun cours de sciences sociales ou d’économie n’a lieu à l’Académie. En 1860, un congrès international sur la question de l’impôt est organisé, présidé par Cherbuliez. Léon Walras, un Français de 26 ans, présente un mémoire présentant la théorie de l’attribution de la terre et de la rente foncière à l’Etat. Ses propos ne sont pas bien accueillis par les congressistes, mais retenus par Louis Ruchonnet. En 1970, sur une proposition de Ruchonnet, devenu conseiller d’Etat, Léon Walras se voit attribuer l’enseignement de l’économie politique jusqu’en 1892 au sein de la Faculté de droit. Il y élabore alors ses principes fondamentaux d’économie politique. Les successeurs de Walras reprendront ses théories, les reformulant, les complétant et les généralisant. Ils formeront l’Ecole de Lausanne.

Vilfredo Pareto succède à Walras en 1893. Il enseigne l’économie pure, l’économie politique appliquée et formule la théorie de la distribution de la richesse. Toutefois s’impose un besoin grandissant d’étendre les enseignements rattachables aux sciences sociales. Afin de compléter les connaissances en économie, Walras enseigne les sciences sociales et publie des écrits sociologiques. De nouveaux enseignants sont engagés afin de développer les enseignements en économie et en sciences sociales que Pareto ne peut assumer: Vittorio Racca pour l’économie politique et Pasquale Boninsegni pour l’économie.

En 1901, les autorités créent l’Ecole des sSciences sSociales et Politiques (SSP), rattachée à la Faculté de droit, et instaurent en 1902 les grades de licencié et de docteur ès sciences sociales. Les enseignements sont alors répartis entre la Faculté de droit et la Faculté des lettres. Elle L’Ecole est officiellement reconnue en 1911 et Ernest Roguin en devient le président jusqu’en 1917. Ce n’est qu’en 1927 qu’elle recevra officiellement le nom d’Ecole des sciences sociales et politiques.

Malgré les hésitations du Conseil d’Etat et l’hostilité de certaines facultés, contre lesquelles se bat Pareto, l’Ecole continue à s’étendre et à créer de nouvelles chaires et de nouvelles sections (licence ès sciences consulaires, 1917; licence pédagogique, 1919).

En 1916, Charles Gide, oncle d’André et surtout théoricien de l’économie sociale, reçoit le premier doctorat honoris causa de l’Ecole des SSP. Pareto, alors âgé de 69 ans, quitte l’enseignement.

Maurice Milloud reprend la présidence de l’Ecole de 1917 à 1925. Il mise sur le développement de la filière de pédagogie. Elle est créée en 1920. A son décès, le Conseil d’Etat décide de supprimer l’enseignement de la sociologie. Suite aux diverses démarches d’Antoine Rougier, successeur de Milloud, Pasquale Boninsegni reprend la charge du cours de sociologie.

En 1928, Boninsegni est élu président de l’Ecole et Arnold Reymond devient vice-président. Ils fonctionneront ensemble jusqu’en 1939.

En 1937, l’Ecole est sous la présidence de Boninsegni. Celui-ci qui se prétendait — sans doute à tort — «ami d’enfance» de Benito Mussolini, force la main de l’Université de Lausanne pour remettre un doctorat honoris causa au chef d’état italien. Une partie de l’opinion publique s’indigne.

A la fin de 1938, Boninsegni quitte la présidence de SSP et Arnold Reymond lui succède. Auguste Deluz prend la vice-présidence. Il appuie le développement de la section de pédagogie. L’école s’aligne sur les exigences universitaires et propose un programme en six semestres.

En 1939, Jean Piaget reprend l’enseignement de la sociologie et de la psychologie, avant de partir à la Sorbonne en 1952.

Malgré le manque d’envergure scientifique de Boninsegni, l’Ecole de Lausanne connait un grand succès, surtout aux Etats-Unis et en Italie.

Jacques Secrétan est élu président en 1946. Il cherche à élever le niveau des études et à améliorer l’image de l’Ecole: il permet l’extension de la licence et du doctorat en science politique, il forme trois sections (sciences sociales, sciences politiques et sciences pédagogiques) comprenant les licences et doctorats correspondants, complétés par un diplôme d’études diplomatiques et consulaires et d’un certificat d’aptitude pédagogique.

Au gré de changements successifs de structure (révision des programmes, accroissement des moyens), les inscriptions à l’Ecole connaissent un essor considérable (+411 % entre 1948 et 1967), ainsi qu’une extension progressive des enseignements.

En 1964 l'Institut de sociologie des communications de masse est créé, suivi, en 1966 de celui de science politique, puis, en 1967 de l'Institut de psychologie appliquée et du Centre de recherches d'histoire économique et sociale qui deviendra plus tard l'IRRI (Institut de recherches régionales interdisciplinaires). La Faculté connait une période de croissance avec la création de plusieurs nouveaux enseignements.

En 1973, l’Ecole transfère la licence en économie politique à l’Ecole des HEC.

Prenant acte des réalités contemporaines des écoles de SSP et de HEC et de leur extension importante, la loi sur l’Université du 6 décembre 1977 leur donne rang de facultés.

Depuis, le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter (+530 % entre 1983 et 2003), ce qui pose des problèmes d’encadrement.

1997 voit le rattachement à la Faculté de la filière des sciences du sport, complétant par là même les cursus proposés dans les trois autres filières, à savoir la psychologie, les sciences sociales (qui regroupent la sociologie, la psychologie sociale et l’anthropologie), et les sciences politiques.

La Faculté des sciences sociales et politiques offre actuellement quatre filières de formation: science politique, sciences sociales, psychologie et sciences du sport et de l’éducation physique.

Marie-Pierre Bigler - UNIRIS 2014

Faculté des hautes études commerciales

Le premier cours d’économie politique, dans le cadre d’enseignements extraordinaires et des cours libres, est donné en 1821 à la Faculté de droit de l’Académie de Lausanne par le professeur Louis-Frédéric Berger. La loi du 21 décembre 1837 substitue trois facultés aux anciens auditoires: théologie, droit et lettres et sciences. Au sein de cette dernière se crée la chaire d’Economie politique et sciences sociales, dès la rentrée académique de 1838/1839, avec les cours des professeurs Antoine Cherbuliez et Luigi-Amedeo Melegari[1]. Ce dernier, exilé mazzinien, acquiert très rapidement un vif succès au sein de l’Académie et des intellectuels vaudois de par ses qualités nouvelles et complémentaires. Grâce à une solide renommée bien établie, il obtient dès 1843 la chaire de droit international et de philosophie du droit. Cependant, il sera l’une des victimes du coup d’état académique de 1845. Et il sera contraint à quitter le Pays de Vaud[2]

Quelque 40 ans avant le véritable acte de création de l’Ecole d’études commerciales, une première ébauche voit le jour en 1871 grâce au politicien lausannois Louis Ruchonnet. Conseiller fédéral de 1881 à 1893, il est intéressé par les études de commerce; en 1860, il rencontre un jeune économiste français, Léon Walras, qu’il songe à faire venir à Lausanne. Walras est nommé à la Faculté de droit en 1871 en qualité de professeur d’économie politique, charge qu’il occupera jusqu’au 1893. Son successeur sera un marquis italien, Vilfredo Pareto, professeur extraordinaire puis ordinaire de 1893 à 1917. Pareto sera engagé sur appel compte tenu d’une réputation dont l’intéressé est conscient. Il en profitera pour négocier, directement avec le Conseil d’Etat, un salaire de 7000 francs presque deux fois plus élevé que celui de certains collègues.

Walras et Pareto, grâce à leurs travaux, ont contribué grandement au progrès de la science économique. Ils s’inscrivent dans le nouveau courant de pensée connu sous le nom d’Ecole de Lausanne, d’obédience néoclassique.

Au début du XXème siècle se dessine la volonté de donner un caractère plus scientifique à l’enseignement commercial. La seule chaire d’économie politique n’est pas suffisante à ce but. L’Université de Lausanne suit le mouvement des Universités de Zurich (qui met en place un «haut enseignement commercial»), de Bâle (qui instaure la chaire d’histoire du commerce, d’économie et de politique commerciales) et de Neuchâtel (qui fonde de la section des hautes études commerciales). Le 15 avril 1911 le Conseil d’État crée l’Ecole des hautes études commerciales dans le but de fournir un programme d’études supérieures, combinant culture générale avec instruction spécialisée. La loi du 15 mai rattache l’Ecole des HEC à la Faculté de droit; elle modifie les articles de 4 à 8 de la loi du 10 mai 1890 portant sur les principaux objets d’enseignements. Dorénavant la Faculté de droit donne des enseignements d’économie, de technique commerciale et de mathématiques financières.

L’activité de l’Ecole des HEC commence avec la nomination de deux professeurs qui en sont les pionniers: Léon Morf (1873-1954) et Georges Paillard (1884-1932) qui débutent lors du semestre d’hiver 1911-1912. Morf enseignait la technique commerciale, la comptabilité publique et les mathématiques financières et fut le premier président de l’Ecole (1912-1925); Paillard enseignait l’économie commerciale en tant que professeur extraordinaire (1911-1922), puis ordinaire (1922-1932). Il fut directeur de l’Ecole de 1925 à 1927. Entre 1919 et 1920, Georges Paillard obtint un congé de l’Université de Lausanne. Il part alors en Grèce, mandaté par le gouvernement grec afin d’organiser un Institut de Hautes Études Commerciales à Athènes. Adolphe Blaser, qui lui succède jusqu’en 1936, présente la particularité de n’avoir pour tout diplôme qu’un brevet d’enseignement secondaire. Lorsqu’il quitte l’Ecole, c’est Jules Chuard qui en prend la direction. C’est une personnalité importante de l’Ecole. Nommé professeur en 1926 puis directeur de 1936 à 1961, il s’adressera aux industries vaudoises pour solliciter un appui en faveur de l’activité de l’Ecole. C’est ainsi que sera créée la Société d’études économiques et sociales.

Il n’y a que deux professeurs pour 15 étudiants à l’Ecole des HEC en 1911; un nombre qui double en 1915. L’effectif continue d’augmenter jusqu’en 1931 atteignant les 121 inscrits. Les années suivantes marquent une baisse qui dure jusqu’en 1941, année où l’Ecole reprend son développement. Dès lors elle connait un véritable essor jusqu’à nos jours avec 2644 inscriptions, dont 37 % de femmes. Le nombre d’étudiants suisses resta constant pendant plusieurs années, celui des étrangers passa de 24 au semestre d’hiver 1923-24 à 78 au semestre d’été 1930: aujourd’hui, la Faculté compte 42 % d’étudiants étrangers.

Le premier règlement de l’Ecole, celui du 28 août 1911, prévoyait une durée des études de 4 semestres, l’enseignement de 6 disciplines obligatoires[3] et 3 facultatives. Entre 1911 et 1961, le règlement fut remanié à 8 reprises: la durée fut allongée à 6 semestres; la répartition des épreuves, d’abord portée sur trois séries, fut ramenée à 2, dont la première après 4 semestres et la deuxième à la fin de la troisième année. Au départ l’étudiant pouvait s’inscrire indifféremment à l’épreuve de la licence ou du doctorat. S’il réussissait le doctorat il recevait son grade après la soutenance d’une thèse. L’inscription à l’Ecole était acceptée pour les étudiants possédant un baccalauréat ou une maturité commerciale; les non-porteurs de ces titres devaient réussir un examen pour pouvoir s’inscrire. Le premier règlement comportait des licences ou des doctorats avec 5 mentions (Commerce et banque, administration générale, transports, douanes, assurances).

Le premier licencié fut Auguste Roulet, en mars 1913, qui avait déjà suivi les cours de l’Handelshochschule de Munich et devint professeur à l’École de commerce de La Chaux-de-Fonds. Le premier docteur fut Léon Felde en 1917, licencié ès sciences commerciales de l’Université de Lausanne avec une thèse sur «Le blé russe». Il devint sous-directeur, pour la Pologne, de la société d’assurances «Assicurazioni Generali». En 1931, l’Université conféra le premier titre de docteur honoris causa à Christian Moser, professeur à l’Université de Berne et, en 1932, à Gottlieb Bachmann, président de la Direction générale de la Banque Nationale suisse.

L’Ecole des HEC resta rattachée à la Faculté de droit jusqu’enau 1978. Les années qui vont suivre vont être marquées par un développement exponentiel, avec un doublement des effectifs étudiants en 10 ans et plusieurs créations d’unités; en 1979 le MBA (Master in Business Administration) est créé, suivi en 1982 par l’ouverture de l’Institut des sciences actuarielles (ISA), puis du Département d’économétrie et d’économie politique (DEEP) en 1983 et de l’Institut informatique et organisation (INFORGE) en 1988. Enfin l’Institut CREA de macroéconomie appliquée, voit le jour en 1989.

En 1980, sous l’ère du directeur Charles Iffland, les HEC prennent rang de Faculté. Le directeur devient doyen mais le nom d’Ecole n’est pas abandonné

La cohabitation entre la Faculté de droit et l’Ecole ne se déroula pas toujours sereinement. En 1919 déjà le professeur Samuel Dumas[4] réclamait la scission à grands cris. La lutte séparatiste dura longtemps: au début, les professeurs de l’École n’étaient même pas invités aux séances du Conseil de Faculté. Au Conseil des doyens, le directeur des HEC, comme ses collègues de SSP ou de pharmacie, n’avait qu’une voix consultative. Même après la séparation, le milieu académique désapprouve le statut universitaire de l’Ecole: il a de la peine à considérer le milieu de l’économie et donc de l’argent comme un ayant droit à une place dans l’Université. Le tournant fut pris dans les années quatre-vingt-dix, à l’époque du doyen Olivier Blanc (1990-2000), qui manifestait un esprit corporatiste et avait coutume de dire qu’il allait outre-Chamberonne, lorsqu’il se rendait au Rectorat. Il revendiquait une autonomie importante de l’Ecole par rapport à l’Université: l’objectif de la Faculté était alors résumé dans le dicton «être à l’Université de Lausanne, ce que le Wharton School est à l’Université de Pennsylvanie»; le premier pas fut de donner le nom «HEC Lausanne» pour démarquer la faculté de l’Université de Lausanne; en second lieu, il fallait doter l’HEC Lausanne de relations directes avec le monde économique et politique, lui assurer des collaborations et une représentation avec les étudiants, les diplômés et les professeurs du monde entier. Cette mission a finalement payé et la réputation de l’Ecole s’est étendue bien au-delà des frontières.

Andrea Vovola et Olivier Robert - UNIRIS 2014

 

[1] Il enseignera jusqu’en 1843 sous le nom d’emprunt de Thomas Emery de Malte; cf. Giovanni Ferretti, Melegari à l’académie de Lausanne: suivi de documents de son enseignement,  Lausanne:Librairie de l’Université de Lausanne, 1949, p. 17.

[2] Ibid., p. 20.

[3] Parmi l’économie commerciale, la technique commerciale et séminaire, la comptabilité publique, les statistiques, l’économie politique, la géographie économique, l’introduction aux études juridiques, le droit commercial de change, la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite, le droit des assurances.

[4] 1881-1938, professeur extraordinaire de technique des assurances de 1913 à 1938 et de mathématiques financières de 1919 à 1938.

Faculté des sciences (FBM et FGSE)

En 2003, les facultés des sciences et de médecine disparaissent au profit de la Faculté de biologie et de médecine (FBM) et de la Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE)

L’Académie de Lausanne propose très tôt après sa création des enseignements de ces sciences qu’on appelle improprement «dures», «pures» ou «exactes». Ils sont rattachés à la Chaire des arts — l’une des quatre que compte l’institution — qui dispense des enseignements de rhétorique, de philosophie, de physique et de mathématiques.

Jean Tagaut semble être le premier professeur de sciences lausannois. C'est un médecin et chirurgien français, ami de Théodore de Bèze, réfugié à Genève pour des raisons religieuses. Il restera à Lausanne de 1557 à 1559, avant de gagner l’Académie de Genève, nouvellement fondée, où il meurt un an plus tard. Claude Boucart est un personnage qui incarne sans doute les hésitations théologiques d'une partie de la population de l'époque. Nommé en 1598 à l’Académie pour y enseigner les mathématiques et la physique, ce jésuite, converti au protestantisme, s’enfuit de Lausanne à Thonon dix ans plus tard, rejetant sa foi réformée et abandonnant femme et enfants. En 1611 il abjure le catholicisme, ce qui lui permet de reprendre son enseignement à Lausanne jusqu’en 1617 où, suspecté de catholicisme, il est emprisonné. Il mourra bon catholique à Annecy en 1624.

Les sciences ne jouent qu’un rôle secondaire à Lausanne jusqu’à l’arrivée de Jean-Pierre de Crousaz, premier prix de l’Académie des sciences de Paris en 1720. Voilà un véritable mathématicien. Le cheveu soigneusement poudré, il ressemble à Jean-Sébastien Bach. Engoncé dans une robe noire, le rabat blanc sur la poitrine il a l'allure de certains pasteurs d'aujourd'hui. Nommé en 1700 à l'Académie, il est embarqué dans l'affaire Davel et doit quitter sa charge au bout de trois ans seulement. L'enseignement scientifique de la fin du XVIIIème siècle est marqué par la présence des De Treytorrens, père et fils. A la mort du second, Louis, en 1794 la chaire des arts est scindée en deux. Jean-Samuel François, un partisan de la Révolution vaudoise, enseigne les mathématiques et la physique expérimentale, tandis que David Secrétan se charge de la philosophie. Après l’indépendance vaudoise, l’Académie se réorganise. En 1806, l'ensemble des enseignements est réparti en quatorze chaires, dont une de mathématiques et astronomie, une de physique théorique et expérimentale, une de «chymie» et minéralogie, deux de médecine et chirurgie qui ont également pour charge l'enseignement de la botanique.

Emmanuel Develey est le premier professeur de mathématiques à plein temps. Il conservera sa charge jusqu'à l'âge de 73 ans en 1837. Cette année là, la nouvelle Loi sur l'Instruction publique apporte deux innovations révolutionnaires. D’une part les enseignements seront désormais dispensés en français. D’autre part les facultés sont créées. Ainsi dorénavant les filières d’études sont clairement définies. Il y en a trois: Théologie, Droit, Lettres et sciences. En 1859 l’Université de Zurich divise sa Faculté de philosophie en Phil. 1 (philsophie, histoire et linguistique) et Phil. 2 (mathématiques et sciences). A Lausanne c'est la loi de 1869 qui reconnait les Lettres et sciences comme deux facultés distinctes. A partir de cette année les enseignements scientifiques sont: mathématiques — astronomie — physique — chimie — zoologie, anatomie et physiologie — botanique — minéralogie, géologie et paléontologie — hygiène. La Constitution de 1861 impose une révision de la Loi sur l'Instruction publique. Elle sera votée en 1869, grâce à la volonté de Louis Ruchonnet, le futur conseiller fédéral. Elle notifie notamment que l'Académie peut désormais décerner le grade de docteur. Elle dote la haute école d'une nouvelle faculté, la Faculté technique, qui deviendra l'EPFL un siècle plus tard exactement. Les sciences «pures» prennent de plus en plus de place dans l’Académie; les facultés des sciences et technique regroupent 7 chaires sur les 21 que compte l’institution. En 1873 une nouvelle faculté est créée, l’Ecole de pharmacie, avec deux chaires de professeurs ordinaires pour huit enseignements. En 1881 la nouvelle loi transforme la Faculté en Ecole, section de la Faculté des sciences. Elle perd une part de son autonomie sans toutefois se fondre totalement dans la faculté mère.

En 1890 l’Université succède à l’Académie. Les sciences médicales, jusqu’alors uniquement destinées à un enseignement propédeutique, quittent la Faculté des sciences pour s’intégrer à la toute nouvelle Faculté de médecine. Désormais la Faculté des sciences se subdivise en trois sections: les sciences mathématiques, physiques et naturelles — les sciences pharmaceutiques, soit l’Ecole de pharmacie — les sciences techniques, soit l’Ecole d’ingénieurs. Les deux dernières sections ont la particularité d’être dirigées par un directeur nommé par le Conseil d’Etat. La Faculté compte alors 56 étudiants (env. 26%) sur les 216 de l’Université.

Au début du XXème siècle la Section des sciences mathématiques, physiques et naturelles se divise en quatre: sciences mathématiques — sciences physiques — sciences géologiques — sciences naturelles. La chimie fait encore partie de la physique et cela jusqu'en 1942, année où elle devient une filière spécifique. Au milieu des années 60 les anciens «laboratoires» prennent le nom plus moderne d’«instituts».

De 1890 à 1968 le nombre de professeurs en Faculté de sciences passe de 20 à 87.  On compte parmi eux des personnalités scientifiques de premier plan, comme le chimiste Jean Piccard (le frère jumeau d'Auguste qui servit de modèle à Hergé pour le personnage du professeur Tournesol), le mathématicien Georges De Rham, créateur de théorèmes et découvreur de voies d'alpinisme dans les Alpes, le géologue Maurice Lugeon surnommé «le père des barrages» ou le limnologue François Forel, précurseur de la sismologie et le premier à effectuer des observations météorologiques à l'aide de ballons sondes.

L'Ecole d'ingénieurs devient de plus en plus autonome durant la première moitié du XXème. Au point qu'en 1969 elle quitte le giron cantonal pour être rattachée à la Confédération sous le nom d'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Elle emporte avec elle plus de 1000 étudiants. Les sciences en comptent désormais 370. A Lausanne les hautes écoles proposent toutes deux des enseignements de mathématiques, chimie et physique. Ceux de l'UNIL sont davantage orientés vers la recherche et ceux de l'EPFL vers l'industrie.

Au début du XXIème siècle le nombre d’étudiants en sciences représente 14% du total. L’aventure de la Faculté des sciences lausannoise s’achève en 2003, après 134 ans, avec le transfert de la pharmacie à Genève et l’ouverture des Faculté de biologie et de médecine (FBM) et des géosciences et des sciences de l’environnement (FGSE) qui remplacent les Sciences et la Médecine.

Olivier Robert - UNIRIS 2014

Faculté de médecine

Depuis 2003, connu sous le nom de « Faculté de biologie et de médecine » (FBM)

L'histoire de la médecine vaudoise est bien antérieure à celle de la Faculté du même nom. Le premier hôpital, celui de Saint-Jean, date de 1177, suivi de celui de Saint-Nicolas vers 1190, de celui du Jorat (Saint-Catherine) en 1228. En 1279 l'hôpital Notre-Dame est ouvert, fondé par l'évêque en haut de la rue de la Mercerie[1]. Rebâti au XVème siècle il sera complètement reconstruit au milieu du XVIIIème siècle. Son principe de fonctionnement, assez éloigné de notre actuelle vision hospitalière, s'est maintenu de 1300 à 1800. L'Hospitale pauperum accueille mendiants, délinquants, pauvres, pèlerins et parfois malades. Hôpital, hospice et hôtel proviennent du même mot latin, hospes, l'hôte qui est à l'origine aussi du mot hospitalité. On comprend pourquoi. Lausanne compte aussi, en dehors de la ville, une maladière ou maladrerie pour les contagieux, principalement les lépreux et les pestiférés qui a laissé son nom au quartier. La chapelle Saint-Lazare, au bord du lac, près du musée romain, est aujourd'hui le seul témoin des hôpitaux médiévaux.

Au début du XIXème siècle l'Etat se rend acquéreur de l'hôpital de la Cité et du domaine du Champ-de-l'Air, voisin de la Place de l'Ours. C'est là que seront enfermés les aliénés.

Avant 1765, chacun peut librement exercer la profession de médecin dans le Pays de Vaud. Dès 1765 Leurs Excellences publient un texte portant les bases légales encadrant la pratique médicale. A la même époque, en 1787, le gouvernement bernois met en place un organe de surveillance des affaires médicales, le Collège de médecine de Lausanne. Son vice-président est Samuel-Auguste Tissot. Il fait partie des grands noms médicaux lausannois. Citoyen de Grancy, surnommé le «médecin des princes et le prince des médecins» Tissot a marqué la fin du XVIIème siècle, comme Matthias Mayor, la chirurgie lausannoise du XIXème. Célèbre grâce à ses travaux sur l'onanisme et sur l'épilepsie il sera le premier médecin appelé à enseigner à l'Académie, en qualité de professeur honoraire de 1766 à 1797. Frédéric Recordon et William Haldimand sont les fondateurs de l'Asile des aveugles en 1843. Aimé Steinlen crée l'Hospice de l'enfance en 1861. C'est le beau-fils de Louis Germond, le créateur de l'institution de Saint-Loup, qui a produit ces milliers de soeurs visitantes ou hospitalières quasiment bénévoles, reconnaissables à leur petit bonnet tuyauté, typique du costume bourgeois de la région d'Echallens au milieu du XIXème siècle.

C'est véritablement dans le dernier quart du XIXème siècle seulement que la fonction d'«assistance publique» de l'hôpital se transforme en celle de «centre de soins» grâce notamment à deux événements significatifs, la construction de l'Asile d'aliénés de Cery en 1873 et celle de l'Hôpital cantonal du Calvaire (Bugnon), dix ans plus tard. En 1887 les praticiens lausannois, Emile Dind, Jacques Larguier des Bancels et le médecin-chef de l'hôpital cantonal, Edouard de Cérenville, créent le Dispensaire central de Pépinet. Il deviendra la Policlinique universitaire en 1892.

En 1804 François Verdeil, alors chef du Bureau de santé vaudois, a demandé au Gouvernement la création d'une école de médecine. L'initiative est prématurée, le canton ployant sous les charges financières liées à la récente indépendance. Néanmoins la Loi sur l'Instruction publique de 1806 crée deux chaires, l'une de médecine et l'autre de chirurgie. Elles ne seront mises au concours qu'en 1812 et les deux candidats qui se présentent rendent l'un une composition en latin jugée insuffisante et l'autre une rédaction en français, irrecevable à l'époque. On ne parle plus de ces chaires dont la mention disparaît même dans la loi suivante, celle de 1837. Fondateur de la Société vaudoise des sciences médicales, Mathias Mayor reçoit une charge d'enseignement de médecine à la Faculté des lettres et des sciences en qualité de professeur honoraire de 1841 à 1847. Charles Hoffmann enseigne la médecine légale en Faculté de droit de 1846 à 1847. Enfin Hermann Lebert, titulaire d’un doctorat de médecine à Zurich, donne lui aussi un enseignement de médecine de 1859 à 1878.

La loi de 1869 introduit une chaire d'hygiène. L'Académie en confie la charge à Frédéric Recordon, jusqu'alors professeur de médecine légale en Faculté de droit. Il sera remplacé en 1875 par Marc Dufour. Un enseignement d'Anatomie et de physiologie est donné par François Forel de 1869 à 1895.

En 1876 Genève ouvre une Faculté de médecine. Lausanne réagit en créant en 1881 une section propédeutique médicale qui, avec la section de pharmacie et de la section scientifique forme la Faculté des sciences. La loi fédérale de 1877 instaure des examens fédéraux de médecine.

La section propédeutique est logée dans une vieille caserne à la Cité et accueille 13 étudiants. Ils seront 34 à la veille de la création de la Faculté de médecine. Les futurs médecins vaudois ont désormais l'occasion de commencer leurs études à Lausanne. Ils les terminent à Berne ou à Genève. Les professeurs nommés pour assurer ces enseignements fondamentaux sont Edouard Bugnion[2] en anatomie et Alexandre Herzen[3] en physiologie. De 1885 à 1886 Henri Blanc enseigne l'histologie puis se voue à la zoologie et à l'anatomie comparée. Nathan Loewenthal reprend l'histologie. Bientôt la vieille caserne est trop petite et, en 1888, la Section est transférée à la Caroline, dans l'Ancienne douane rénovée qui prend le nom d'Ecole de médecine.

La transformation de l'Académie en Université en 1890 s'accompagne de la création d'une Faculté de médecine complète. 13 professeurs y sont attachés. La première année 66 étudiants, dont 13 étrangers, s'inscrivent en médecine, sur les 321 que compte l'Université. Le succès est au rendez-vous et un nombre croissant d'étrangers se presse à Lausanne, devenue une véritable «Mecque médicale». En 1905 la Faculté compte 456 étudiants, dont 82% (377) sont étrangers. Elle représente à elle seule la moitié des étudiants lausannois et le quart du total des étudiants suisses inscrits en médecine.

Tissot, Mayor, Recordon, Haldimand, Dufour et plus tard Roux, Bourget, Gonin, Decker… aucune autre discipline académique que la médecine ne peut se vanter d'avoir eu tant de célébrités à passer à la postérité en donnant leur nom à une rue lausannoise.

Rapidement après l'ouverture de la nouvelle faculté les relations se tendent entre deux professeurs russes, tous deux élèves du professeur Moritz Shiff de l'Université de Genève. Il s'agit d'Alexandre Herzen qui enseigne la physiologie, et de Nathan Loewenthal, qui dispense les cours d'histologie. Ce dernier est plébiscité par ses étudiants; mais Herzen, sans doute meilleur homme de réseau que scientifique, réussit à envoyer son collègue à «l'asile» en 1895, apparemment sans raison médicale. Le pauvre Loewenthal passe tout l'été à Cery avant d'être finalement «relâché» peu avant la reprise des cours, afin que l'enseignement d'histologie ne se trouve pas dépourvu. Dorénavant, afin d'éviter que les deux enseignants ne se croisent, ils enseigneront dans deux lieux distincts.

Malgré l'augmentation importante du nombre d'étudiants qui atteint 500 en 1959 celui des professeurs n'évolue pas de façon significative; cette année-là ils sont 22. Le taux d'encadrement est donc tombé de 19.5 à 4.5%. Ensuite l'accroissement des étudiants est rapide pour atteindre 1100 étudiants pour 103 professeurs en 1983 (9.5%).

Le XXème siècle est l'occasion de transformations régulières d’une Faculté de médecine qui grandit sans cesse. Une partie de l'activité relève d’ailleurs davantage de la santé publique que de l'enseignement supérieur. En 1971 la première pierre du nouveau Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) est posée, tandis que l'enseignement se structure en quatre secteurs, l'Université (sciences de base), la santé publique (médecine communautaire), le Centre hospitalier (la clinique) et le secteur psychiatrique. Le nouvel hôpital vaudois est inauguré en 1982.

L'histoire de la Faculté de médecine lausannoise subit une évolution profonde en 2003 avec sa fermeture conjointe à celle de la Faculté des sciences. Les enseignements sont réorganisés. Deux nouvelles facultés voient le jour, celle de biologie et de médecine (FBM), autour du «mystère de la vie» et celle des géosciences et de l'environnement (FGSE), destinée à «répondre au besoin de la société de mieux comprendre la place de l'homme dans son environnement»[4].

Olivier Robert - UNIRIS 2014

 

[1] Voir notamment la chronologie lausannoise sur le site de la ville de Lausanne (www.lausanne.ch).

[2] Fils de Charles, le banquier propriétaire de l'Hermitage au-dessus de Lausanne.

[3] Fils d'Alexandre, révolutionnaire russe, exilé en Sibérie entre 1835 et 1839, qui avait fuit son pays.

[4] http://www.unil.ch/central/page43771.html

Ecole de pharmacie

En 1810, la première loi sanitaire vaudoise stipule qu'«il ne sera permis de vendre des remèdes au détail, ou de faire des préparations sur recettes, qu'aux apothicaires ou aux médecins ou chirurgiens qui auront la permission de tenir des remèdes…». C'est le Conseil de santé qui exerce alors la surveillance des apothicaires, les visitant une fois par an au moins. Ceux-ci ont dû effectuer un apprentissage qui leur a permis de devenir soit commis (employé) soit proviseur (gérant). La loi de 1850 impose notamment aux pharmaciens d'avoir suivi des études générales dans les lettres et les sciences et de prouver qu'ils ont fait des études dans les branches de la pharmacie. Si l'Académie peut répondre aux exigences en matière d'études générales, les études spécialisées doivent être suivies dans les Ecoles de Paris, Montpellier et Strasbourg, qui ont une bonne réputation. Les jeunes Suisses fréquentent principalement la plus proche, celle de Strasbourg, tout au moins jusqu'à la guerre de 1870. L'Alsace est dès lors rattachée à l'Allemagne et les enseignements sont désormais donnés en allemand. Certains Romands se trouvent embarrassés par cette situation et la promesse de la création d'une hypothétique école à Nancy renvoie aux calendes grecques la résolution de leur problème.

A partir de 1868 l’Académie a chargé Jules Chastellain, pharmacien formé à Ulm, de donner des cours libres de pharmacologie et toxicologie. Mais la demande se fait de plus en plus pressante de disposer d’une véritable formation professionnelle. La situation internationale crée les conditions favorables à la création d'une école de pharmacie lausannoise. C'est la loi du 23 mai 1873 qui matérialise son existence et en fait la cinquième faculté de l'Académie. Ouverte le 15 octobre à la place du Tunnel, dans les bâtiments Thévenaz-Mello-Losio, elle donne des enseignements de physique, chimie, théorie et pratique des analyses chimiques, botanique, pharmacologie, pharmacie, toxicologie et pratique de manipulations. Toutes ces branches relèvent de deux chaires professorales. Les études durent 4 ans. L'Ecole est dirigée par Henri Bischoff, l'un des fondateurs de l'Ecole spéciale de Lausanne, la future Ecole d'ingénieurs, aujourd'hui EPFL. Il jouera un rôle important dans la question de la répression des fraudes, particulièrement sensible au XIXème siècle. La direction de l'Ecole lui garantit un traitement annuel de 500 francs (env. 6500 francs actuels). Louis Bruttin, un pharmacien d'Yverdon, touche 1500 francs pour les trois heures hebdomadaires de son cours de pharamacie. La pharmacologie revient à Jules Chastellain, qui obtient une dotation hebdomadaire de 5 heures pour un traitement de 2500 francs. En 1874 l'Ecole compte 15 étudiants, 10 Vaudois, un Suisse et 4 étrangers. Le succès est immédiat et en 1879 41 étudiants se pressent aux cours. En 1876, alors que la Loi ne l'autorise pas officiellement, la première étudiante lausannoise, Bertha Schatzmann, s'inscrit… en Faculté de pharmacie, avec un statut d'externe. Elle aura dû obtenir, à titre exceptionnel, l'autorisation du Conseil d'Etat, sur avis unanimement favorable du Conseil de Faculté. Un siècle plus tard le nombre de femmes inscrites en pharmacie dépasse largement celui des hommes.

En 1881 le législateur rattache la pharmacie à la Faculté des sciences, divisée en trois sections: propédeutique médicale — pharmaceutique — scientifique. Les salaires annuels des professeurs ordinaires oscillent désormais entre 3200 à 4000 francs (34000-43000 francs). Devenue école, la pharmacie a perdu un peu de son autonomie mais ne se fond pas complètement dans la Faculté des sciences. La fréquentation tombe à 5 étudiants en 1887, en raison d'une part de la suppression de la section destinée aux futurs commis, d’autre part de la disparition presque complète de l'externat.

En 1890, au moment de la transformation de l'Académie en Université, la Faculté des sciences comporte trois sections dont deux, les sciences techniques et la pharmacie, ont rang d'école. Dans cette dernière la fréquentation augmente régulièrement, passant de 12 étudiants en 1890 à 294 en 1996. Au début du XXème siècle déjà les locaux de la place du Tunnel sont trop petits et les cours sont donnés à la Place du Château, au Palais de Rumine et à la Policlinique.

Parmi les personnalités qui enseignent à l'Ecole de pharmacie, Louis Bourget reste connu des Lausannois grâce au parc qui porte son nom. Il met au point un régime alimentaire à base de poudres alcalines et de farineux, très en vogue à l'époque, invente un instrument pour l'auscultation du cœur, développe le «fameux liniment Bourget» pour les rhumatisants ainsi que «l'eau Bourget» pour les troubles digestifs. Ernest Wilczek laisse un souvenir plus contrasté. Ce franc-maçon allemand a été largement impliqué dans des commissions fédérales de pharmacie, dans celle du Parc National ou dans les cuisines scolaires contribuant à faire rayonner l'institution. C'est lui aussi qui a créé le jardin alpestre de Pont-de-Nant, de Zermatt et le parc à bouquetins de Bretaye. Mais après la première guerre il se signalera à l'attention publique en proférant des propos antisémites qui n'ont rien ajouté à sa gloire.

En 1936, sous l’égide de son directeur Rodolphe Mellet, la pharmacie se réorganise en sept laboratoires qui se développeront, deviendront instituts ou disparaîtront. En 1991 l’Ecole de pharmacie déménage sur le site de Dorigny dans un bâtiment qui lui est dédié, le BEP (bâtiment de l’Ecole de pharmacie). Elle se compose alors de quatre instituts: l’Institut d’analyse pharmaceutique (IAP), l’Institut de pharmacognosie et de phytochimie (IPP), l’Institut de pharmacie gaénique et biopharmacie et l’Institut de chimie thérapeutique (ICT). Le premier d’entre eux date de 1968 et les autres de 1983. En 1994 une Ecole romande de pharmacie est mise en place avec un partage des enseignements entre Lausanne et Genève. A l’époque ce sont les professeurs davantage que les étudiants qui se déplacent. En 1994, à Lausanne, la Section de pharmacie remplace l’Ecole de pharmacie. Elle est toujours rattachée à la Faculté des sciences et poursuit deux objectifs: former les futurs pharmaciens et développer une activité de recherche dans le domaine des sciences pharmaceutiques.

En 2003 la Faculté des sciences disparaît. La pharmacie lausannoise est transférée à Genève en 2003 dans le cadre des projets du triangle Azur, visant à renforcer l'enseignement académique dans des lieux uniques plutôt que de disséminer les forces sur plusieurs sites. L’EPFL récupère les sciences de base (mathématiques, chimie et physique), l’UNIL s’oriente vers les sciences du vivant, Genève reprend la pharmacie le 1er janvier 2004, même si Lausanne conserve quelques enseignements propédeutiques. L'histoire de la pharmacie lausannoise s'achève donc après plus de 130 ans et le BEP, devenu Génopode, abrite des locaux de la Faculté de biologie et de médecine.

Olivier Robert - UNIRIS 2014

Ecole d'ingénieurs (EPUL - EPFL)

Connue depuis 1969 sous le nom d’« Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne » (EPFL)

Pendant longtemps, les hommes ont tenté de comprendre le monde qui les entourait par la philosophie. Progressivement, l’«honnête homme», né du christianisme, va se substituer au philosophe avec l’arrivée des sciences modernes. Ce nouvel homme veut saisir le monde et connaître «les mécanismes profonds et les quantifier afin de mieux l’utiliser à ses propres fins»[1].  Dès lors, le XIXème siècle oppose le savant à l’industriel, dont les langages sont différents. Le premier possède le savoir et les connaissances de la science et le second les exploite. Il était nécessaire de créer un lien entre les deux: l’ingénieur. Désormais on veut éviter de séparer radicalement les sciences pures de leurs applications. On crée donc des enseignements pratiques. L’ingénieur voit le jour au XIXème siècle, mais atteindra son âge d’or au XXème siècle.[2]

Une Ecole spéciale de la Suisse française pour l’industrie, les travaux publics et les constructions civiles ouvre ses portes à Lausanne le 7 novembre 1853. Jusqu'alors les jeunes Suisses qui visent une carrière technique supérieure doivent partir à l'étranger. Cinq hommes sont à l’origine de ce projet, inspiré du modèle de l’Ecole centrale des arts et manufactures de Paris. Il s’agit de: Jean Gay, recteur de l’Académie, Henri Bischoff, pharmacien, Louis Rivier, ingénieur-chimiste, Jules Marguet, ingénieur-constructeur et Pierre-Joseph Marguet, ingénieur. L'Ecole spéciale est un établissement privé, qui a pour but de «donner les connaissances théoriques et pratiques nécessaires aux jeunes gens qui se destinent à l'industrie, aux travaux publics et aux constructions civiles». La scolarité est de deux ans, portée à trois dès 1855. A l'ouverture, 11 élèves suivent les cours des 5 professeurs. Ces enseignants, véritables piliers de la nouvelle institution, ont d'autant plus de mérite d'avoir créé leur école qu'à cette époque un débat universitaire animé porte sur la création d'une Université et d'une Ecole polytechnique suisses, prévues par la Constitution de 1848 dans son article 22. Une commission d'experts est mandatée et une entente semble être atteinte pour créer l'Université à Zurich et l'Ecole polytechnique en Suisse française. En 1854 le Conseil national vote bien la création des deux hautes écoles, mais contre toute attente adopte une proposition visant à les installer toutes deux à Zurich. Les oppositions politiques vont être si farouches que le projet d'une université fédérale sera remisé au rayon des utopies.

En 1855 s'ouvre l'Ecole polytechnique de Zurich, tandis que l'Ecole spéciale de Lausanne a déjà décerné cinq certificats. La fréquentation en hausse impose la construction d'un bâtiment. Il sera inauguré en 1858, à la rue de la Tour. En 1863 une vingtaine de lignes en anglais sur le programme de l'Ecole vise à attirer des étudiants étrangers. Il s'agit là de la première démarche publicitaire académique lausannoise connue. Il est vrai que le statut privé de l'Ecole l'oblige à s'auto-financer. Une subvention bienvenue de l'Etat interviendra dès 1865. En 1869, la Loi sur l'instruction publique règle définitivement la question financière en rattachant l'Ecole à l'Université, sous le nom de Faculté technique. La taxe annuelle des étudiants passe de 500 francs (environ 5500 francs d'aujourd'hui) à 150 francs.

La loi de 1869 sépare les lettres et les sciences en deux facultés distinctes. L'Académie en compte désormais cinq.  Lors de la transformation de celle-ci en Université, en 1890, la Faculté technique prend le nom d'Ecole d'ingénieurs. Comme la pharmacie dès 1881, elle est une composante de la Faculté des sciences. Les écoles jouissent d'une indépendance plus grande que les sections, renforcée, pour l'Ecole d'ingénieurs, par une situation géographique distante de l'Université. Quatre directions déterminent les filières d'études: le génie civil, la mécanique industrielle, l'électricité industrielle et la chimie.

Les personnalités qui animent les premières années de la Faculté technique sont nombreuses. En premier lieu les Marguet, père et fils. Jean-Pierre, le père, a été attaché aux études du chemin de fer de Paris à l'Angleterre et a donné son nom à un pont à Boulogne-sur-mer. Le fils Jules, après des études à Paris, fait une carrière de notable lausannois et bénéficie d'une audience politique; il sera directeur de la Faculté technique. Benjamin Mayor introduit les méthodes de la statique graphique dans l'espace. Adrien Palaz, personnage de premier plan, fut l'initiateur de la construction des tramways lausannois, participa à l'électrification de la ville de Lausanne, et veilla à la construction des usines de Pierre-de-Plan et de la ligne Frasnes Vallorbe avec le tunnel du Mont d'Or; il interrompra sa carrière lausannoise pour partir diriger, en France, l'Energie électrique du Sud-Ouest et l'Energie électrique du littoral méditerranéen.

En 1903 tandis que le canton de Vaud fête son centenaire, l'Ecole d'ingénieurs célèbre son demi-siècle. Elle est régie par le Règlement de 1896 qui restera en vigueur jusqu'en 1924. En 1919, Jean Landry en prend la direction, succédant à Adrien Palaz, parti en France. Landry reste directeur jusqu'à sa mort en 1940. Son nom reste intimement associé à la réalisation du barrage de la Dixence dont il fut l'instigateur et la cheville ouvrière. L'ère Landry est difficile, marquée par une morosité économique et une régression du nombre d'étudiants (de 299 à 139). En 1929 un don de l’ancien directeur Auguste Dommer permet de créer un fonds d’aide au Laboratoire de matériaux, d’hydraulique et de géotechnique. Alfred Stucky, infatigable constructeur de barages succède à Landry; il dirige l'Ecole de 1940 à 1963. L'époque est à la prospérité économique et l'Ecole atteint plus de 1000 étudiants. En 1942 elle quitte la Rue de la Tour pour le terrain des Cèdres à l'Avenue de Cour. Son indépendance est importante et le programme des cours de l’Ecole n’apparait plus dans celui de l'Université.

En pleine guerre, en juin 1943, grâce à l’appui de Paul Peret, chef du DIPC, le Canton décide la création d’une Ecole d'architecture et d’urbanisme rattachée à l’UNIL. Celle-ci n’a pas été consultée. Mise devant le fait accompli, elle fait part de ses réserves. L’Ecole d’architecture sera rattachée à l’Ecole d’ingénieurs. Toutes deux sont dirigées par Alfred Stucki. Cette création favorisera la séparation avec la Faculté des sciences quelques années plus tard.

En 1946, les Ecoles d’ingénieurs et d’architecture sont réunies formellement sous le nom d'Ecole polytechnique de l'Université de Lausanne (EPUL). Leur statut d'autonomie est officiellement reconnu. Maurice Cosandey en prend la direction en 1963 et fait de la recherche un pôle stratégique de l’Ecole. Il sera l'un des artisans de la fédéralisation de la haute école. A cette époque le Conseil d’Etat crée la Commission Failletaz, dont la mission est de mener une étude d’ensemble sur l’Université. Elle produit un rapport qui met en avant la nécessité de reconstruire de toute pièce l’Université dans un lieu adéquat. Le Canton achète le domaine de Dorigny. Dès 1964 l’EPUL déménage progressivement sur le site d’Ecublens. En août 1966 le Canton propose à la Confédération de reprendre l’Ecole. Le projet reçoit le soutien du conseiller fédéral Hans-Peter Tschudi. Aussi, en janvier 1969 l’EPUL devient EPFL. Elle s’organise en neuf départements: physique, mathématiques, matériaux, architecture, génie civil, génie rural, géométrie, électricité et chimie. L’EPFL doit se doter d'enseignements, jusqu’alors dispensés à l’UNIL, comme les mathématiques, la chimie ou la physique. Certains professeurs quittent à regret l’Alma mater pour rejoindre l’EPFL. Les salaires, plus élevés à la Confédération qu’au canton, constitueront cependant un baume efficace sur certaines plaies d’amour-propre.

Olivier Robert - UNIRIS 2014

 

[1] François Pruvot, «EPFL 125 ans», in Libres Propos, Lausanne: Imprimerie vaudoise, mai, 1978, p. 5.

[2] Idem.

Institut de police scientifique et de criminologie

L'Institut de police scientifique et de criminologie (IPSC) change d'appellation en 2014 pour devenir l'Ecole des sciences criminelles (ESC).

Rodolphe Archibald Reiss, docteur ès sciences et chef des travaux photographiques de l’Université de Lausanne dès 1898, obtient la création de l’Institut de police scientifique en 1909. L’Université de Lausanne devient alors la première au monde à dispenser une formation de niveau universitaire dans le domaine nouveau de la police scientifique. Pionnier, R. A. Reiss l’est aussi: à l’instar d’Alphonse Bertillon en France, il contribue à perfectionner nombre de procédés photographiques, notamment dans les domaines de l’anthropométrie et du «portrait parlé».

Arguant que la photographie est devenue «l’enregistreur automatique et impartial des événements»[1], Reiss se fait le promoteur d’une photographie utile et objective. Appelé à enquêter en qualité d’observateur sur les infractions aux lois de la guerre commises en Serbie, Reiss finit pourtant par prendre parti dans le conflit qui déchire l’Europe: à grand renfort d’illustrations photographiques, il publie en 1915 «Comment les Austro-Hongrois ont fait la guerre en Serbie. Observations directes d’un neutre»[2]; en tant que correspondant de la Gazette de Lausanne, il écrit également de nombreux articles qui témoignent de son engagement en faveur de la Serbie.

Ces démarches partisanes inquiètent les autorités vaudoises et fédérales, et le crédit intellectuel et moral de Reiss est remis en cause. Les attaques ne viennent pas seulement de la presse alémanique, mais aussi du milieu scientifique: le grand criminaliste autrichien H. Gross est l’auteur de quelques diatribes qui vont jusqu’à mettre en question la santé mentale de Reiss.

La polémique enfle jusqu’à atteindre l’Université et l’Institut de police scientifique. En 1916, comme en réponse aux prises de position de Reiss, le rapporteur de la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur auprès du Grand Conseil suggère de supprimer le titre officiel d’«Institut» à la création de Reiss[3]. «Un changement de nom serait désastreux, et équivaudrait presque à sa disparition» estime Reiss, qui menace de donner sa démission en cas d’acceptation[4]. Le Grand Conseil se rétracte finalement et Reiss pourra conserver son poste.

Suite à des voyages de plus en plus fréquents en Serbie, Reiss abandonne la tête de l’Institut en 1919; c’est M. A. Bischoff, son ancien élève, qui en prend alors la direction. Conseiller technique de la Police cantonale vaudoise, Conseiller auprès de l’Organisation Internationale de Police Criminelle (OIPC-Interpol), Bischoff étend considérablement les champs d’expertise de l’IPS. En 1954, à l’initiative des professeurs M. H. Thélin et Ch. Gilliéron, l’Institut de police scientifique devient «Institut de police scientifique et de criminologie» (IPSC); l’Université délivre dès lors deux diplômes: celui de police scientifique et de criminologie d’une part, celui de criminologie d’autre part.

Jacques Mathyer, ancien élève de Bischoff et chef de travaux à l’IPSC, est nommé directeur en 1963. Expert en matière de protection de billets de banque et de documents auprès de la Banque Nationale Suisse et de nombreuses entreprises spécialisées, Mathyer contribue également à diversifier les activités de l’IPSC.

A sa création, l’Institut est rattaché à trois Facultés: Droit, Médecine et Sciences. L’année 1982 marque toutefois l’entrée en vigueur de la Loi sur l’Université de Lausanne (LUL) du 6 décembre 1977: l’IPSC devient dès lors une Ecole au sens de la LUL, rattachée à la Faculté de Droit. Néanmoins, la localisation de l’Institut dans l’Ecole de Chimie témoigne toujours de son ancrage dans le domaine des sciences dites «dures».

En 1986, suite au départ à la retraite du professeur Mathyer, le Conseil d’Etat vaudois désigne son successeur en la personne de P. A. Margot, diplômé IPSC et docteur ès sciences. Suite à l’introduction d’un nouveau plan d’études et d’un nouveau règlement en 1990, le diplôme d’études de police scientifique et de criminologie change de nom et devient «licence en sciences forensiques». A l’automne 1994, l’IPSC quitte l’Ecole de chimie de la place du Château pour s’installer au nouveau Bâtiment de chimie (BCH) du complexe universitaire de Dorigny. Pour pallier au nombre croissant d’étudiant-e-s et à la multiplication des disciplines enseignées, l’IPSC devient Ecole des Sciences Criminelles (ESC) en 2004, et se scinde dès lors en deux instituts: l’Institut de Police Scientifique (IPS) et l’Institut de Criminologie et de Droit Pénal (ICDP). Le directeur est dès lors assisté de deux vice-directeurs, représentant respectivement l’IPS et l’ICDP.

L’ESC fête le centenaire de sa création en 2009. A cette occasion, l’ESC organise conjointement avec le Musée de l’Elysée la première exposition publique des photographies de Reiss. Deux visions s’opposent, l’artistique défendue par le Musée et l’historique proposée par l’Ecole. A défaut d’être complètement conciliables, ces deux axes permettent de rendre hommage à la «photographie judiciaire», objet du premier enseignement de Reiss, et dont découle la création même de l’Institut.

 

Au gré des changements de structure successifs, l’Institut a connu un essor considérable en terme d’inscriptions étudiantes ainsi qu’une extension progressive de ses domaines d’enseignement et de recherche. Sous la direction du professeur Reiss, entre 1909 et 1919, trois diplômes d’études de police scientifique sont délivrés. De 1919 à 1963, 51 diplômes sont remis, dont 10 postgrades en criminologie. Sous la direction du professeur Mathyer, jusqu’en 1986, 88 grades sont délivrés, dont 4 doctorats. Entre 1986 à 1999, soit en à peine plus de 10 ans, le nombre de diplômés s’élève à 183, doctorats et postgrades compris. Victime de son succès, l’IPSC se voit même contraint d’introduire un numerus clausus entre 1992 et 1995, afin de limiter l’accroissement des effectifs étudiants. En 2010, les deux instituts de l’Ecole des Sciences Criminelles réunissaient 433 étudiants[5].

Les possibilités de formation se sont étoffées en conséquence: outre un Bachelor en sciences forensiques et deux doctorats, l’ESC propose actuellement trois Masters en Droit et trois Masters en Sciences. Il s’agit des Masters en «criminologie», en «magistrature» et en «droit, criminalité et sécurité des technologies de l’information» pour les premiers, des Masters en «criminalistique chimique», en «identification forensique» et en «traçologie et analyse de la criminalité» pour les seconds[6]. A ce jour, l’Université de Lausanne est encore une des seules institutions académiques au monde à dispenser un enseignement qui embrasse la totalité du domaine des sciences forensiques.

Sacha Auderset - UNIRIS 2014

 

[1] R. A. Reiss, «Quelques mots sur la photographie judiciaire», Revue suisse de photographie, 1903, p. 1.

[2] R. A. Reiss, «Comment les Austro-Hongrois ont fait la guerre en Serbie. Observations directes d’un neutre», Paris: Armand Collin, 1915. Accessible à l’adresse: https://archive.org/details/commentlesaustro00reisuoft (consulté le 9 juillet 2014).

[3] Christophe Champod et al., Le Théâtre du crime. R. A. Reiss, 1875-1929, Lausanne: Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 304.

[4] Lettre du 3 mai 1916 adressée par Reiss au président du Conseil d’Etat. Citée in J. Mathyer, R. A. Reiss, pionnier de la criminalistique, Lausanne: Payot, 2000, p. 121.

[5] http://www.unil.ch/esc/page10692.html (consulté le 9 juillet 2014).

[6] http://www.unil.ch/esc/page16263.html (consulté le 9 juillet 2014).

Ecole de français moderne

Désormais « Ecole de Français langue étrangère » (EFLE).

Si, dès le XVIème siècle, l’Académie entretient déjà des relations avec l’étranger, la création de l’Université de Lausanne en 1890 stimule les échanges et offre à la haute école vaudoise une plus grande place dans le réseau académique international. Le recteur de l’époque, Alexandre Maurer cherche à favoriser l’accès à la langue française aux étudiants étrangers. C’est lui qui instituera en 1895 les premiers Cours de vacances.

En 1892, la Faculté des lettres de l’Université repense son enseignement en fonction de ce nouvel engouement; elle dispense un enseignement spécifique de français pour les étrangers qui étudient en vue de l’obtention d’une licence ès lettres modernes[1]. En 1890 Auguste André, lecteur à la Faculté des lettres[2], donne un cours de diction, théorie et lectures, puis, dès le semestre d’été 1892, un enseignement spécifique destiné aux étudiants étrangers, sous forme d’exercices de diction, de grammaire et de rhétorique. Les quatre heures hebdomadaires initiales sont doublées en 1896 et s’élèvent à dix heures par semaine en 1900. A la rentrée universitaire de l’année 1901, le programme général indique l’existence d’une Ecole spéciale pour l’enseignement du français moderne, comprenant des cours pratiques pour non francophones. Rattachée à la Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne, l’Ecole de français moderne est créée et recevra son nom définitif et simplifié en 1923.

D’abord réservé aux étudiants inscrits à la Faculté des lettres, l’afflux toujours plus important des étudiants étrangers dans toutes les Facultés de l’Université engendre l’ouverture de l’Ecole à d’autres Facultés en 1906. L’EFM propose dès lors des enseignements préparatoires orientés davantage vers la traduction et le dialogue[3]. Des exercices de traduction de l’allemand, de l’italien, de l’anglais et du russe vers le français sont notamment donnés. Mais cette ouverture s’est avérée peu fructueuse. L’Ecole se confronte en effet à des problèmes organisationnels, si bien qu’elle referme ses portes et l’enseignement du français langue étrangère restera un domaine propre à la Faculté des Lettres, jusqu’à nouvel ordre. Cette expérience vaine conditionna néanmoins les caractéristiques de l’enseignement du français aux étrangers à l’Université. L’aspect utile d’une maîtrise de la langue se fait essentiellement par le biais de textes littéraires. L’EFM impose son orientation littéraire et se démarque d’un enseignement intensif et purement pratique. A la fin de la formation, l’Ecole délivre aux étudiants un Certificat d’Etudes françaises, vraisemblablement bien coté à l’étranger, au vu du nombre toujours croissant de candidats.

En 1926, Auguste André prend sa retraite et l’Ecole subit une première réorganisation importante. De petites classes homogènes viennent remplacer la grande classe qui était entièrement tenue par le lecteur André. Financièrement, le projet est intéressé; la Faculté confie l’enseignement à des professeurs ne possédant pas un doctorat: René Rapin et Pierre Gilliard. Cette entrée en fonction comme assistant marque pour ces deux professeurs le début d’une brillante carrière à l’Université. Pierre Gilliard, l’ancien précepteur du tsar Nicolas II, revenu en Suisse en 1920, assurera d’ailleurs la direction de l’Ecole, d’abord informellement, puis de manière reconnue, jusqu’en 1949. Le professeur Gilbert Guisan lui succédera jusqu’en 1956. Au cours de ces années, quelques éléments viennent plus ou moins perturber l’Ecole de Français moderne. Au début des années 1930, l’Ecole connaît un fléchissement du nombre d’étudiants, sans doute dû aux difficultés économiques de cette période. La publicité faite à l’étranger est alors intensifiée et donne des résultats satisfaisants. Prospectus, programmes des cours et annonces publicitaires sont expédiés en masse dans les pays qui fournissent habituellement de forts contingents d’étudiants (Allemagne, Angleterre, Hollande, Italie, Scandinavie et les Etats-Unis). La Seconde Guerre mondiale apporte également son lot de perturbations. On constate une diminution des effectifs et, par là même, une réduction des heures de cours.

L’année 1956 voit l’entrée en fonction du directeur Ernest Giddey qui engage une seconde réorganisation de l’Ecole. Il institue des classes indépendantes dans lesquelles les étudiants sont répartis selon leur niveau. Il met également en place un cours spécial destiné aux étudiants venant d’autres Facultés et réussit là où l’EFM avait échoué en 1906. L’Ecole s’ouvre à l’entier du public universitaire.

En 1969, Robert Marclay lui succède à la direction et poursuit le développement de l’Ecole. En 1977, l’EFM s’installe au bâtiment des Facultés des sciences humaines à Dorigny, laissant au passé le bureau mansardé trop petit et les salles de cours improvisées.

En 1986, la venue du directeur René Richterich de l’Université de Berne rompt avec le côté «familial» de l’Ecole lausannoise et offre un caractère davantage «sérieux» à l’EFM. Spécialiste des méthodes actuelles de didactique des langues, il apporte des changements importants à l’enseignement et ses méthodes. Il met notamment en place trois filières: la propédeutique (année préparatoire), la filière en vue de l’obtention d’un Certificat (connaissance de la langue, de la littérature et de la civilisation française) et la filière en vue de l’obtention d’un Diplôme (aptitude à l’enseignement du français langue étrangère). Sa réforme débouche sur un nouveau règlement, le 1er septembre 1994. Mais en 1996 René Richterich disparaît. On ne le retrouvera jamais. Plus le temps passe et plus on suppose qu’il est décédé ; mais tant que la mort n’est pas officiellement reconnue il est difficile de procéder à son remplacement. C’est donc un lecteur, Raymond Capré, qui assume la direction ad intérim de l’Ecole. En 2001, l’EFLE met sur pied le programme Tandem, un partenariat linguistique où deux individus de langues maternelles différentes communiquent régulièrement, face à face ou à distance. L’utilisation du centre multimédia dans ces mêmes années dynamise également l’enseignement de l’EFM et ses méthodes. 

En 2004, la professeure associée Thérèse Jeanneret prend la direction de l’Ecole qui change de nom et devient l’Ecole de français langue étrangère (EFLE). En 2012, l’EFLE comptait 1154 étudiants inscrits dans ses programmes d’études, issus de 78 pays différents. En croissance perpétuelle, l’Ecole de français langue étrangère de l’Université de Lausanne est, en 2014, l’un des pôles spécialisés, en Suisse, dans l’enseignement du français à des non francophones.

Carine Desponds - UNIRIS 2014

 

[1] Il est de règle de désigner par français moderne, la langue française à partir du XVIème siècle, pour la distinguer de l’ancien français (période médiévale). La mention de français contemporain est également de mise pour désigner la langue du moment.

[2] La fonction de lecteur, spécifique à l’Ecole de français moderne, désigne, selon la loi de 1916 un enseignant de langues étrangères. Il est nommé par le Conseil d’Etat pour une durée de deux ans. Sa charge d’enseignement est supérieure à celle d’un professeur. Jusqu’en 1916 il n’y en a qu’un, Auguste André. Puis leur nombre ne cessera de croître.

[3] Projet d’une Ecole préparatoire de français.

Cours de Vacances

Face aux tensions politiques de la fin du XIXème siècle, certains jeunes intellectuels choisissent la Suisse pour étudier dans des conditions pacifiques. Il devient donc indispensable à ces nouveaux étudiants de parfaire leur connaissance de la langue française afin qu’ils puissent suivre les enseignements qu’offre l’Universi­té de Lausanne. C’est ainsi qu’en parallèle à la création et au dévelop­pement de l’Ecole de Français moderne (EFM), les professeurs de la Faculté des lettres, soutenus par le prorecteur (recteur sorti) Georges Favez, proposent au Département de l’instruction publique et des cultes (DIPC), en février 1895, la création de «cours de vacances» à destination des étrangers voulant parfaire leurs connaissances en langue française. La Faculté demande également au DIPC une aide financière. L’initiative est acceptée par l’Etat qui institue les Cours de Vacances comme un organe indépendant financièrement, mais recevant annuellement des subsides étatiques. Les Cours de vacances ne doivent pas être confondus avec l’EFM même s’ils collaborent et évoluent parallèlement. Les mêmes professeurs enseignent parfois à l’EFM et pendant l’été au sein des Cours de Vacances. De plus, les directeurs sont souvent communs aux deux institutions et le matériel didactique est partagé. La différence fondamentale entre les deux «sœurs» repose sur l’indépendance financière des Cours de Vacances. Ces derniers, en effet, fonctionnent comme une école privée. Ils sont financés par l’écolage des étudiants ainsi que par une aide directe (subsides) et indirecte (gratuité des locaux, du papier) de la part de l’Etat.[1]

Concrètement, en dehors de leur programme, on sait peu de choses des premières séries de Cours du Vacances dispensés dès l’été 1895. D’après les titres des enseignements (Etude historique de la conjugaison française et Questions de politique contemporaine), le niveau semble élevé. La cible est constituée d’étudiants en lettres et de professeurs de français à l’étranger et non pas de débutants. On veut avant tout donner un caractère académique et universitaire à l'enseignement. L’organisation pratique des premiers cours n’est pas connue; ils débutent le 22 juillet et se terminent le 31 août 1895. On ignore le nombre d’étudiants participant à la première volée, ni quelle part de l’enseignement était consacrée à l’étude de la culture, au tourisme et à la langue à proprement parler. Mais il est certain que les Cours remportent un important succès dès leur lancement.

Au fil des ans, ils s’enrichissent et se diversifient. Dans la perspective d'une initiation culturelle ils proposent des excursions en bateau, pris en charge financièrement par le DIPC. L’offre des cours proposés se renouvèle et s’axe sur l’actualité, ce qui favorise l’accroissement du nombre d’étudiants. A partir de 1898, le programme des cours laisse une marge de liberté importante aux professeurs pour approfondir certains sujets au travers de séminaires ex cathedra. L’organisation propose donc un système d’enseignement souple selon le contexte, le nombre d’étudiants et les motivations diverses des professeurs.

A partir de 1905, se développent des leçons de traduction de l’allemand, de l’anglais et du russe vers le français. Les effectifs croissent jusqu'à la Première Guerre mondiale qui aura des répercussions négatives sur la fréquentation des Cours durant laquelle les effectifs décroissent. Certains enseignements sont même supprimés durant l’été 1919 pour reprendre en 1920. Le cadre organisationnel est désormais mieux délimité, le pôle récréatif, touristique et culturel plus développé. Les responsables proposent des excursions dans les Alpes le samedi et des promenades dans la Broye le mercredi. La publicité des Cours de vacances constitue une promotion efficace pour l’Université de Lausanne. La demande étant constante et croissante, ils doivent être en mesure de proposer une offre de qualité diversifiée, afin de concurrencer d’autres institutions. Dans le cadre de ce «renouveau» le directeur, Georges Bonnard, (1920-1939) jouera un rôle important, notamment dans la recherche de nouveaux financements. Son dynamisme, son dévouement et sa motivation personnelle permettent l’achat de nouveaux livres, mis également à disposition de l’EFM. Dès la rentrée académique, les Cours disposent d’une bibliothèque et d’une salle de travail.

En 1926, un nouveau règlement est adopté, qui offre la possibilité d’obtenir un Certificat d’études françaises après deux séries d’enseignements. Etant donné leur important succès, les Cours sont prolongés au mois d’octobre dès 1928. Ainsi, les étudiants peuvent choisir entre deux séries de cours A entre juillet et août et deux séries de cours B entre septembre et octobre.[2]

Malgré le développement des Cours et l’augmentation des ressources financières, des problèmes administratifs et de ressources humaines surgissent au milieu des années 1920, qui débouchent sur une crise grave et une remise en question de la validité de l’institution.

A l’époque, le personnel fait régulièrement appel au secrétariat de l’Université pour le travail administratif. Mais malgré les indemnités versées à la secrétaire et au concierge par Bonnard, la chancellerie est contrariée de voir le secrétariat monopolisé par ses nouvelles attributions. En 1929, le chancelier Frank Olivier demande un cahier des charges détaillé précisant les tâches du secrétariat pour les Cours de Vacances. Le directeur Bonnard et le Conseil se sentent attaqués et demandent à l’Université si elle souhaite que l’institution poursuive son activité ou non. Cette question, ressentie comme une forme de pression, envenime la situation et attise les dissensions déjà présentes entre le recteur, le chancelier et la direction des Cours. La crise se solde par la démission du Conseil et du directeur Bonnard en novembre 1929.[3]

La Faculté des lettres prend alors la défense des Cours de Vacances, qu’elle estime utiles à la renommée de l’Université et de la ville de Lausanne. Elle demande au directeur et au Conseil de prolonger leurs activités respectives jusqu’à l’été 1930 afin d’être en mesure de leur trouver des successeurs. L’entrée en jeu de ce nouvel acteur favorise l'apaisement de la situation.

Pour succéder à Bonnard, René Rapin et Pierre Gilliard sont pressentis pour une direction bicéphale. Ils acceptent le mandat sous conditions, notamment un appui financier de la Ville et de l’Etat. Ce dernier devient le garant financier des Cours et la Ville de Lausanne verse un subside annuel de 1500 francs. Dès lors, les deux co-directeurs réorganisent l’ensemble des enseignements en les rendant plus souples et plus simples afin de diminuer les frais occasionnés. La crise administrative de 1929 aura permis une redéfinition claire des droits, des devoirs et des compétences financières des Cours de Vacances.[4]

Dès 1942 les programmes sont orientés dans deux voies: «un cours spécial pour maîtres/maîtresses de français de la Suisse et de l’étranger et un cours général destiné aux personnes qui désirent perfectionner leur connaissance de la langue et de la culture françaises»[5]. Des cours spécifiques sur des thèmes sont proposés, comme Rousseau et le Pays de Vaud ou l’écrivain Gustave Flaubert.

En 1948, Gilbert Guisan (1948-1979) prend les rênes des Cours de Vacances et innove en introduisant du matériel pédagogique spécifique. Pour son directeur, le matériel est un «support à l’enseignement pratique de la grammaire, de la traduction et des exercices de langue, de la phonétique/prononciation et de la lecture»[6]. Il introduit des brochures de lecture, de grammaire, de traduction et de phonétique sous format A5, rédigées par les professeurs et directeurs. On agrémente par ailleurs les Cours d’enseignements littéraires dispensés par des professeurs expérimentés sur des sujets tels que Le roman au XVIIIème siècle ou Les écrivains d’inspiration religieuse. A partir de 1956, Guisan repense la division des cours A et B, qui correspondait précédemment à un découpage chronologique. Le cours A s’axe désormais sur la littérature pour les professeurs de français étrangers et les cours B sont basés sur l’étude et la pratique de la langue et ouverts à tout le monde dès 16 ans.

Dès la sortie de la guerre, l’institution des Cours de Vacances est bien rôdée. Elle investit sans encombre le site de Dorigny, dès 1982. Son déménagement sur le campus a permis sa complète intégration au sein de la communauté universitaire par une convention administrative avec l’Université. A partir des années 80, les effectifs se stabilisent autour de 650 étudiants par été.

Les Cours de Vacances constituent aujourd’hui encore une institution dynamique et florissante pour l’Université de Lausanne. Au fil des ans, elle a développé son offre en proposant également des sessions de cours pour les personnes débutantes. En effet, la formule de cours A et B, selon l’orientation littéraire ou pratique, a désormais désormais place à des cours de base pour tous les niveaux le matin et des cours à option l’après-midi. Ces derniers comprennent des leçons de culture générale, de prononciation, d’écriture, de grammaire et de travaux au Centre multimédia.

Emilie Arbelay et Sacha Auderset - UNIRIS 2014

 

[1] SAUGY, Catherine, «Les Cours de Vacances», in L’Ecole de Français Moderne: 1892-1987, Lausanne, Université de Lausanne, 1987, pp. 97-99.

[2] Ibid., p.101-103.

[3] Ibid., pp. 103-106.

[4] Ibid., p. 107-109.

[5] Ibid., p. 112.

[6] Ibid., p. 114.

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