2012-2014 FEMMES MIGRANTES

Femmes migrantes d'origine subsaharienne et VIH : gestion d'un secret et rapport à la santé

Dans le sillage des nouvelles approches de la migration qui portent une attention particulière aux femmes, cette recherche visait à comprendre comment les femmes migrantes d’origine subsaharienne et séropositives gèrent l’information sur le VIH. Une telle gestion constitue la toile de fond pour étudier les relations entretenues au sein des différents réseaux sociaux, leurs rapports à la santé et aux institutions, leurs représentations, leurs stratégies et pratiques quotidiennes. D’un point de vue épidémiologique, les femmes d’origine subsaharienne sont proportionnellement plus touchées par le VIH que d’autres catégories de femmes. S’agissant de migrantes, des éléments d’ordre économique, culturel, religieux et symbolique sont susceptibles d’augmenter encore la fragilisation déjà occasionnée par la séropositivité et la stigmatisation sociale. Les statuts de femme et de mère risquent également d’être mis en question, car le VIH compromet la possibilité de procréer, sans mettre en danger l’enfant à venir.

Malgré les importants efforts des associations de lutte contre le VIH/sida, celui-ci reste une maladie discriminante, entourée de nombreux tabous. Craignant l’exclusion, les personnes concernées taisent bien souvent leur séropositivité. Pour elles, le secret devient ainsi le pilier autour duquel la réorganisation de la vie quotidienne se met en place. A travers une démarche qualitative de nature exploratoire, le but visé par ce projet consistait à comprendre l’articulation entre, d’une part, le rapport à la santé (santé physique, mentale, sexuelle et reproductive, accès aux soins et soutiens) et, d’autre part, la gestion du secret sur le VIH. Cette articulation était appréhendée à partir des différentes situations sociales de vulnérabilité (migratoire, séropositive, de genre, institutionnelle, culturelle et symbolique), auxquelles la population d’enquête est confrontée, tout comme des ressources dont celle-ci dispose. Les questions de recherche principales s’orientaient autour de trois axes : les trajectoires de la migration féminine et du VIH ; les représentations de la sexualité, de la santé, de la maladie et de la mort ; la gestion du secret et le rapport à la santé.

L’originalité et le caractère novateur de cette recherche résident dans :

-la production de nouvelles connaissances empiriques sur un thème d’actualité ;
-le choix de la population qui n’a jamais fait l’objet d’une investigation sociologique approfondie en Suisse ;
-la valeur heuristique du concept de secret, utilisé ici comme indice pour comprendre les situations de vulnérabilité ;
-le dispositif méthodologique prévu pour relever les défis soulevés par l’analyse de la gestion du secret et des dynamiques interactives qui lui sont rattachées.

Grâce aux expériences et aux compétences de l’équipe de recherche, cette exploration a été menée selon une perspective double, à la fois sociologique et sociolinguistique, afin de mieux saisir toute la complexité de la gestion des confidences et des secrets autour du VIH. Trois méthodes ont ainis été adoptées : la cartographie, les récits biographiques et les entretiens compréhensifs. L’échantillon était composé d’une trentaine de femmes et la durée globale du projet était planifiée sur deux ans. Enfin, de nouvelles connaissances sur le thème « femmes, santé et migration » ont été produites, en même temps que d’importantes lacunes sur le thème du VIH et du secret comblées. En particulier, l’acquisition de connaissances approfondies sur les femmes migrantes d’origine subsaharienne et séropositives a contribué à une meilleure saisie des enjeux dans les politiques sociales en matière de migration et de VIH, dans la prévention et dans la lutte contre la discrimination.

Équipe

Requérant·e·s: Francesca Poglia Mileti (UNIFR), Pascal Singy (CHUV/UNIL)

Collaborateur·trice·s: Laura Mellini, Brikela Sulstarova, Michela Villani

 

Lien vers la page FNS du projet

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