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Volume collectif sous la direction de Christine Le Quellec Cottier et Valérie Cossy (UNIL)

Parution le 18 mai 2022 dans la collection « Bibliothèques francophones » des éditions Classiques-Garnier, Paris.

Réunissant trente contributions de chercheuses et chercheurs d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, Africana. Figures de femmes et formes de pouvoir interroge les discours portant sur les représentations de voix féminines subsahariennes et diasporiques. À l’heure où les stéréotypes de genre sont dénoncés au niveau planétaire, il paraît essentiel d’analyser comment s’affirment, se négocient ou s’inventent des façons d’être femme par le biais de la littérature ou de l’histoire, du discours savant ou de la BD, du cinéma ou des arts visuels. La diversité des approches critiques, traversant le temps et l’espace, est enrichie par des entretiens exclusifs avec les écrivaines Djaïli A. Amal, Bessora, Calixthe Beyala et Véronique
Tadjo.

Mots clés pour le volume :
Afrique subsaharienne – francophonie – femmes – féminismes – littérature – arts – histoire –
diaspora – intermédialité

 

 

volet.pngLe film réalisé par la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne à l’occasion de l’exposition Africana de l’été 2020 permet d’écouter le Professeur Jean-Marie Volet, chercheur à l’université Western Australia, qui a légué sa bibliothèque et ses archives consacrées à la littérature féminine d’Afrique à l’institution lausannoise.

 

Ce geste magnifique a permis l’arrivée de 3500 volumes, en donnant une ampleur nouvelle au fonds déjà existant et en favorisant le développement des « études africaines » en Faculté des Lettres. 

 

Table des matières

Christine Le Quellec Cottier et Valérie Cossy, Préface

 

Première partie

POUVOIR DE DÉNONCER

Déjouer les assignations 

 

Yvette Marie-Edmée Abouga

Dialogues des corps ou l’érotisme au féminin : du mutisme à la parole transgressive dans Volcaniques. Anthologie du plaisir de Léonora Miano

Anthony Mangeon

Ororo, Dora Milaje, Shuri, Onyesonwu : sur quelques figures de femmes puissantes africaines, de l’univers Marvel à la fantasy afro-futuriste contemporaine

Marjolaine Unter Ecker

Pratiques artistiques féminines en Afro-diaspora. Atlantique noir et Afropéa : vers une émancipation des genres ?

Irena Wyss

Renouer le dialogue entre les cultures et intégrer les exclus : femmes et pouvoir chez Léonora Miano

Vincent Simedoh

Corps, jouissance et hétérotopie des possibles chez Ken Bugul, Calixthe Beyala et Sami Tchak

Isabelle Chariatte

Repenser les catégories du féminin dans Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Ninon Chavoz

Généalogie d’une exception. Les romans de génération chez Bessora et Namwali Serpell

Bessora, Calixthe Beyala et Véronique Tadjo

Entretien avec trois auteures

 

 

Deuxième partie

POUVOIR DE PARTICIPER

Histoire et Fiction

 

Nicolas Bancel

La Vénus hottentote. Anatomie politique de la fortune d’une dissection (1815-1888)

Eloïse Brière

Lucie Cousturier en Afrique : traverser l’écran colonial androcentriste

Catherine Mazauric

Adame Ba Konaré, une historienne et la question du pouvoir

Émeline Baudet

Quelle vulnérabilité de genre ? Les discours sur le développement face aux fictions d’Emmanuel Dongala

Alice Desquilbet et Charlotte Laure

D’une Kimpa Vita à l’autre. Lectures croisées de la « Jeanne d’Arc du Congo » dans les pièces de Bernard Dadié et Sony Labou Tansi

Anaïs Stampfli

Hommage à la femme noire de Simone Schwarz-Bart. Mise en lumière de plusieurs générations d’héroïnes noires

Valérie Cossy

Présence objective des corpus et processus subjectif de rememory selon Jean-Marie Volet et Margaret Busby

    

 

Troisième partie

POUVOIR DE CHOISIR

Performances médiatiques, picturales et cinématographiques

 

Fatoumata Seck

La sutura dans l’intercase : Goorgoorlou et le travail des femmes

Hanane Raoui

Le phénomène drag king

Benoît Turquety

Otages : des femmes dans l’histoire. À partir de Sembène Ousmane

Coudy Kane

La figure féminine entre l’écrit et l’image chez Fatou Diome et Sembène Ousmane)

Kodjo Adabra

Pouvoir et paradoxe féminins à l’écran d’Ousmane Sembène : cas de Moolaade et de Faat Kiné

Daddy Dibanga

Présences des femmes dans les films documentaires de réalisatrices sénégalaises : En attendant les hommes de Katy Lena Ndiaye et Congo, un médecin pour sauver les femmes d’Angèle Diabang

Lucienne Peiry

Baya Mahieddine, Chaïbia Talal et Seyni Awa Camara. L’émancipation du corps et de l’esprit

 

 

Quatrième partie

POUVOIR DE RÉSISTER

Rapports de forces

 

Xavier Garnier

Les femmes monumentales d’Yvonne Vera. Proposition de lecture écopoétique

Eric Touya de Marenne

Voix politiques, transcendantes et transgressives dans les œuvres de Véronique Tadjo et d’Isabelle Eberhardt

Amandine Herzog-Novoa

Pouvoir de la parole et parole de pouvoir au féminin chez Nicole Cage-Florentiny : « Les fous ne sont pas ceux que l’on croit »

Moussa Sagna

Écriture de soi et expérience fictionnelle chez Fatou Diome : entre auto-thérapie et contestation du pouvoir

Koutchoukalo Tchassim

Femme sujet et femme objet : approche genre et féministe de Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Aïssatou Abdoulahi

L’Œuvre de Djaïli Amal : un miroir de la condition de la femme au Nord-Cameroun

Djaïli Amadou Amal 

Interview exclusive par Aïssatou Abdoulahi

Christine Le Quellec Cottier

Circulations éditoriales. Enjeux de la réception française du roman de Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes

 

Index des noms

Résumés

 

Résumés et notices biographiques 

Yvette Marie-Edmée Abouga – Dialogues des corps ou l’érotisme au féminin. Du mutisme à la parole transgressive dans Volcaniques. Anthologie du plaisir de Léonora Miano

Les nouvelles du recueil Volcaniques démontrent le caractère transgressif d’une parole qui se libère lorsque le sujet féminin se charge d’interroger son propre corps. Du déchiffrement de soi émerge l’affirmation d’une individualité comme lieu de pouvoir et de (re)construction identitaire. Sachant que sa sexualité est porteuse d’injonctions normatives, il s’agit de comprendre comment le volume Volcaniques suggère une autre économie du corps et des plaisirs de la femme noire.

Mots clés : Corps féminin, noir, sexualité, transgression, pouvoir

 

Yvette Marie-Edmée Abouga, docteure de l’Université de Poitiers, enseigne au Département de français de l’Université de Yaoundé I, Cameroun. Auteure de plusieurs contributions scientifiques dans les domaines des littératures francophones des Caraïbes, études postcoloniales, déconstruction des imaginaires et des savoirs en contexte postcolonial, phénomènes littéraires de démythification, de métamorphose et de nomadisme. Elle dirige le magazine Francophonie d'Excellence et a co-dirigé le volume collectif Francophonies nomades. Déterritorialisation, reterritorialisation et enracinerrance (Paris, L’Harmattan, 2021).

 

 

Anthony Mangeon – Ororo, Dora Milaje, Shuri, Onyesonwu : sur quelques figures de femmes puissantes africaines, de l’univers Marvel à la fantasy afrofuturiste contemporaine.

Cet article explore les représentations de « femmes puissantes » africaines dans l’univers des comics et de la science-fiction afro-futuriste contemporaine, depuis leur apparition sous la plume d’auteurs blancs, dans les années soixante-dix, jusqu’à leur traitement esthétique et scénaristique par des nombreux auteurs afro-américains, puis par des artistes ou écrivaines africaines ou afro-descendantes comme les dessinatrices A. Martinez et A. N. Richardson, ou les romancières N. Okorafor et R. Gay.

Mots clés : Comics, science-fiction, femmes, afro-futurisme, Black Panther

 

Anthony Mangeon est professeur de littératures francophones à l’université de Strasbourg. Il est l’auteur de trois essais (La Pensée noire et l’Occident, 2010 ; Crimes d’auteur, 2016 ; Martin Luther King, éthique et action, 2020) et l’éditeur de plusieurs ouvrages scientifiques (Postures postcoloniales, 2010 ; Anthropolitiques, 2015 ; L’Empire de la littérature, 2016 ; Mémoires de l’événement, 2020). Il a dirigé ou co-dirigé trois dossiers de la revue Études littéraires africaines et réuni avec Christine Le Quellec Cottier les actes du colloque de Lausanne consacré à L’Œuvre de Yambo Ouologuem, un carrefour d’écritures (1968-2018). Il vient de publier L'Afrique au futur. Le renversement des mondes aux Éditions Hermann.

 

Marjolaine Unter Ecker – Pratiques artistiques féminines en Afro-diaspora. Atlantique noir et Afropéa : vers une émancipation des genres ?

Sont étudiées les convergences entre l’Atlantique noir et Afropéa à partir d’un corpus de créatrices afrodescendantes (Anis, Doumbia, Fabienne Kanor et Miano). Les pratiques artistiques inscrites dans ces espaces fondamentalement hybrides ouvrent des possibilités d’émancipation pour les femmes noires qui subissent particulièrement la domination du fait du genre et de la race. Il pose ainsi la question des capacités agissantes du medium artistique vis-à-vis du contexte dans lequel il s’inscrit.

Mots clés : Atlantique noir, Afropéa, intersectionnalité, pratiques artistiques, créations féminines

 

Marjolaine Unter Ecker est professeure certifiée de lettres modernes et doctorante en littératures contemporaines d’expression française à Aix-Marseille Université. Sa thèse, qu’elle écrit sous la direction de Catherine Mazauric et la codirection de Susanne Gerhmann (Humboldt Universität de Berlin), s’intitule « Ecritures et mobilités féminines dans les espaces frontaliers (Atlantique noir et Méditerranée au XXIe siècle) ». Elle est l’auteure de l’ouvrage Questions identitaires dans les récits afropéens de Léonora Miano, publié en 2016 aux PUM.

 

 

Irena Wyss – Renouer le dialogue entre les cultures et intégrer les exclus : femmes et pouvoir chez Léonora Miano

Léonora Miano met en scène et en voix nombre de figures féminines que le lecteur retrouve parfois d’un roman à l’autre. Cet article s’attachera à deux d’entre elles : Epupa, qui apparait dans L’Intérieur de la nuit et dans Les Aubes écarlates et Boya, figure centrale de Rouge impératrice. Nous verrons que ces deux personnages, étroitement associés à la notion de pouvoir et d’invention, permettent à l’auteure de poursuivre sa réflexion sur les relations interculturelles et interpersonnelles.

Mots clés : femmes, pouvoir, relations interculturelles, invention

 

Irena Wyss est maître d’enseignement et de recherche à l’École de français langue étrangère (EFLE) de l’Université de Lausanne et auteure d'une thèse sur la littérature québécoise du XIXe siècle. Ses intérêts de recherches portent notamment sur les littératures et cultures francophones. Elle a co-dirigé, avec Christine Le Quellec Cottier, Voir et lire l'Afrique contemporaine. Repenser les identités et les appartenances culturelles (Études de Lettres, UNIL, 2017/3-4).

 

 

Vincent Simedoh – Corps, jouissance et hétérotopie des possibles chez Ken Bugul, Calixthe Beyala et Sami Tchak

À partir de l’observation de Spivak sur le « double déplacement » subi par les subalternes dans la construction impérialiste, cet article interroge les enjeux de la représentation romanesque du sujet féminin dans la littérature francophone subsaharienne dans les romans de Ken Bugul, de Calixthe Beyala et de Sami Tchak à partir notamment de la notion de transgression et de jouissance selon Bataille et Lacan et du féminisme décolonial de Vergès.

Mots clés : subalternes, corps, Tchak, Beyala, Bugul, transgression

 

Vincent Simédoh est professeur de littératures francophones de l’Afrique subsaharienne, des Antilles et du Maghreb à Dalhousie University (Halifax, Canada). Ses recherches portent sur l’humour et l’ironie, l’intertextualité, les écritures identitaires et la théorie postcoloniale. Il a publié plusieurs articles et un essai : L’Humour et l’ironie en Littérature francophone subsaharienne (Peter Lang, 2012) et a collaboré à l’ouvrage Imaginaire Africain et mondialisation : littérature et cinéma (2009). Ses projets actuels portent sur l’œuvre de Sami Tchak.

 

 

Isabelle Chariatte – Repenser les catégories du féminin dans Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

À travers son roman Americanah, Adichie retrace les dangers des images réductrices concernant la perception de la femme noire. Elle illustre la complexité des expériences selon les contextes culturels et sociaux tout en suscitant des échos avec les mouvements féministes américains et nigérians. Le féminisme d’Adichie s’affirme comme un élan libérateur et invite à une réflexion libre et authentique sur la question de l’auto-détermination de chaque femme.

Mots clés : Black feminism, sisterhood, auto-détermination, Ch. N. Adichie, racialisation

 

Depuis 2007, Isabelle Chariatte, docteure ès lettres, enseigne la langue et la littérature françaises à l’université de Bâle. Après sa thèse (La Rochefoucauld et la culture mondaine. Portraits du cœur de l’homme, Classiques Garnier, 2011), elle a ouvert son champ de recherche aux littératures africaines et aux questions de décentrement. Elle anime régulièrement des ateliers et des rencontres littéraires avec des écrivains africains.

 

 

Ninon Chavoz – Généalogie d’une exception. Les romans de génération chez Bessora et Namwali Serpell

Cet article offre une lecture croisée du premier roman de l’écrivaine d’origine zambienne Namwali Serpell (The Old Drift, 2019) et du cycle de La Dynastie des Boiteux, initié en 2018 par l’auteure suisso-gabonaise Bessora (deux tomes parus à ce jour). En présentant ces œuvres comme des « romans de génération », il s’agit de démontrer en quoi elles élargissent et dévoient le modèle du « récit de filiation » répandu dans la littérature française, conduisant à la mise en valeur de personnages féminins d’exception, situés à la croisée de l’histoire et de la fiction.

Mots clés : Bessora, Namwali Serpell, générations, histoire, science-fiction

 

Ninon Chavoz est maître de conférences à l’Université de Strasbourg. Elle est l’auteure d’une thèse consacrée à la tentation encyclopédique dans l’espace francophone africain (publiée en 2021 sous le titre d'Inventorier l’Afrique aux éditions Honoré Champion) ainsi que de deux essais parus dans la collection « Fictions Pensantes » des éditions Hermann : Éloge des ratés. Huit portraits de l’auteur francophone en encyclopédiste (2020) et Les Morts-Vivants. Comment les auteurs du passé habitent la littérature présente (2021).

 

 

BessoraEntretien avec trois auteures

Bessora grandit entre l'Europe, les Etats-Unis et le Gabon. Après des études à HEC Lausanne et une brève carrière dans la finance, tout en poursuivant une thèse en anthropologie, elle fait le choix de la littérature et publie en 1999 son premier roman 53 cm. Le ton souvent drôle et caustique de ses fictions lui a apporté de nombreux succès internationaux. Sa récente Dynastie des boiteux (2018) remonte le temps d’une histoire familiale, féminine et collective entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique. Son dernier roman, Les Orphelins (2021), retrace l'itinéraire de deux jumeaux entre l'Allemagne et l'Afrique du Sud, aux origines de l'apartheid. Elle est présidente du Conseil permanent des écrivains, ainsi que du Syndicat national des auteurs et des compositeurs.

 

 

Calixthe Beyala – Entretien avec trois auteures

Née à Douala au Cameroun, elle est l’auteure d’une œuvre fondatrice riche de multiples figures de femmes. Dès la publication de C’est le soleil qui m’a brûlée (1987), elle dévoile un style sans tabou et sans retenue et offre une nouvelle approche sur la femme, toujours au cœur de son écriture. Avec Maman a un amant (1993), Comment cuisiner son mari à l’africaine (2000), Femme nue, femme noire (2003) ou plus récemment Le Christ selon l’Afrique (2014), elle retourne et détourne tout ce que l’on croyait savoir sur le patriarcat, la pudeur, ou la condition des femmes. Engagée dans la société civile, elle vit au Cameroun.

 

 

Véronique Tadjo – Entretien avec trois auteures

Née à Paris, d’un père ivoirien et d’une mère française, elle a grandi à Abidjan en Côte d’Ivoire où elle a suivi son cursus scolaire et universitaire jusqu’à la maîtrise. Auteure d’une thèse sur l’acculturation afro-américaine, elle poursuit sa carrière académique en Afrique du Sud et vit désormais à Londres. Elle déploie ses talents en tant que poète, romancière, traductrice, auteure et illustratrice de livres pour la jeunesse. Sa fascinante Reine Pokou (2005) interroge sans complaisance l’histoire ivoirienne, comme L’Ombre d’Imana (2001) ou En compagnie des hommes (2017) celle du continent et Loin de mon père (2010) l'histoire familiale.

 

 

Nicolas Bancel – La Vénus hottentote. Anatomie politique de la fortune d’une dissection (1815-1888)

La Vénus hottentote, baptisée sous le nom de Saartjie Baartman, est une esclave originaire d’Afrique du Sud. Cet article porte sur le discours scientifique consacré au XIXe siècle à délimiter les frontières physiologiques de la « race hottentote », ainsi qu’à résoudre l’énigme de la parenté hypothétique des grands singes avec l’homme : Saartjie Baartman illustrerait le chaînon manquant et son apparence physique corrobore les théories alors en vogue sur l’hyper-sexualité des « sauvages ».

Mots-clés : Vénus hottentote, anthropologie raciale, racisme, spectacles ethniques, Cuvier

 

Nicolas Bancel, historien, professeur à l’Université de Lausanne (ISSUL/IEP), est spécialiste du fait colonial, des questions postcoloniales et de l’histoire des activités physiques. Il a notamment codirigé Human Zoos. Science and Spectacle in the Age of Colonial Empires, (Liverpool, LUP, 2009) et The Invention of Race (Londres/New York, Routledge, 2015). Il a aussi codirigé La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005 et Sexe, race & colonies. La Domination des corps du XVe siècle à nos jours, Paris, La Découverte, 2018.

 

 

Eloïse Brière – Lucie Cousturier en Afrique : traverser l’écran colonial androcentriste

En 1921, pour la première fois, le ministère des Colonies envoie en mission une femme pour étudier la femme africaine. Lucie Cousturier entreprend alors un long voyage en Afrique occidentale française afin de s’informer sur la place des femmes dans la société africaine. Pendant dix mois elle rencontre des femmes du Sénégal, de la Guinée, et du Soudan (actuel Mali). Sa mission, toutefois, reposait sur un malentendu et les conclusions de son rapport sont jugées dangereuses pour l’ordre colonial.

Mots clés : Lucie Cousturier, AOF, femme africaine, mission coloniale, 1920

 

Diplômée des Universités de Dakar et de Toronto (Ph.D.), professeure à l’Université de l’État de New York à Albany (SUNY), Eloïse A. Brière est spécialiste des littératures francophones (Afrique, Caraïbe, Québec). Elle a entre autres publié Le Roman camerounais et ses discours (Nouvelles du sud, 1993), « Vénus Noire : Does Abdellatif Kechiche have a Problem with History ? » (CELAAN Review, Spring 2016) et « Ventriloquie et esclavage : du mutisme à la violence chez Marie-Célie Agnant et Fabienne Kanor » (Rebelles, Vilaines et Criminelles chez les écrivaines d’expression française (Rodopi, 2017).

 

 

Catherine Mazauric – Adame Ba Konaré, une historienne et la question du pouvoir

Historienne, enseignante-chercheure, Adame Ba Konaré a côtoyé le pouvoir politique en tant que « Première Dame » du Mali durant la présidence (1992-2002) de son époux A. O. Konaré. Elle problématise la question du pouvoir entre histoire érudite et populaire, sources écrites et orales, sciences humaines et littérature. Le clair-obscur de la régie des instances énonciatives participe d’une stratégie composite visant à promouvoir une puissance alternative à l’exercice rugueux du pouvoir.

Mots clés : femmes, griots, histoire, Mali, puissance d’agir

 

Catherine Mazauric est professeure de littérature contemporaine d’expression française, directrice du Centre interdisciplinaire d’étude des littératures à Aix Marseille Université (CIELAM). De 1982 à 2014, elle a exercé à l’ENSup de Bamako (Mali), au Cap-Vert, à l’ENS (actuelle FASTEF) de l’UCAD à Dakar, et à l’université Toulouse-Jean Jaurès. Autrice de Mobilités d’Afrique en Europe (Karthala, 2012), elle a récemment co-dirigé Léonora Miano – Déranger le(s) genre(s) (Études littéraires africaines 47/2019), L’Algérie, traversées (éd. Hermann, 2018) ou encore La Migration prise aux mots (Riveneuve, 2014).

 

 

Émeline Baudet – Quelle vulnérabilité de genre ? Les discours sur le développement face aux fictions d’Emmanuel Dongala

Cet article interroge les discours portés sur les femmes africaines par les institutions de développement, tels que repris dans les romans Photo de groupe au bord du fleuve et Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala. Les héroïnes y contestent ces discours, ainsi que les moyens mis en œuvre pour leur conférer pouvoir et autonomie, dès lors que ces derniers sont imposés par des instances extérieures et dominantes, au nom de leur prétendue « vulnérabilité de genre ».

Mots clés : littérature africaine, Dongala, vulnérabilité, agency, institutions de développement

 

Émeline Baudet est post-doctorante à l’Université de Georgetown (Washington, D.C.), dans le programme Justice Environnemental (GEJP). Sa thèse s’intitule « Lire et écrire un monde délié : poétiques africaines d’une gouvernance écologique » (Université Sorbonne nouvelle, 2020). Elle a été chargée de recherches à l’Agence Française de Développement, sur les questions de gouvernance et de communs. Dernière publication : « L’Afrique redécouvre les communs : une lecture des enjeux fonciers ruraux au Mali », avec M. Boche et S. Leyronas, L’Économie africaine (La Découverte, 2020).

 

 

Alice Desquilbet & Charlotte Laure – D’une Kimpa Vita à l’autre. Lectures croisées de la « Jeanne d’Arc du Congo » dans les pièces de Barnard Dadié et Sony Labou Tansi

Béatrice du Congo – alias Kimpa Vita – est une prophétesse chrétienne congolaise ayant lutté contre la colonisation portugaise, avant de périr sur un bûcher en 1706, personnage éponyme des pièces de théâtre de l’Ivoirien Bernard Dadié et du Congolais Sony Labou Tansi. Cet article porte sur les ressources de la forme théâtrale lorsqu’elle donne la parole à cette figure historique. En représentant l’action politique et révolutionnaire de cette guerrière martyre, ces deux écrivains masculins reconduisent-ils des stéréotypes de genre ou les détournent-ils ?

Mots clés : Béatrice du Congo-Kimpa Vita, colonisation, théâtre, B. Dadié, S. L. Tansi

 

Alice Desquilbet et Charlotte Laure sont agrégées de Lettres modernes, doctorantes contractuelles et chargées de cours à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle. Toutes deux travaillent sur les littératures francophones : Charlotte prépare une thèse en études théâtrales sur les tragédies d’Afrique et des Antilles, des indépendances à nos jours ; Alice travaille les derniers textes de Sony Labou Tansi dans le champ de l’écopoétique. Elles ont écrit un article collectif en écopoétique pour la revue Littérature, dans le cadre du collectif ZoneZadir, ont organisé un colloque interuniversitaire de jeunes chercheurs et chercheuses sur les questions de légitimité et illégitimité de la littérature et du théâtre. Elles ont participé à plusieurs colloques et font partie d’un groupe informel de lectures féministes.

 

 

Anaïs Stampfli – Hommage à la femme noire de Simone Schwarz-Bart. Mise en lumière de plusieurs générations d’héroïnes noires

Cet article étudie Hommage à la femme noire d’André et Simone Schwarz-Bart. Il s’agit ici de revenir sur la genèse de ce projet encyclopédique et d’étudier les moyens mis en œuvre pour restituer l’histoire de femmes noires de la préhistoire aux années 1980. Nous reviendrons sur le choix de mêler récits fictifs et historiques. Ce choix a fait l’objet de critiques mais il est assumé par le couple Schwarz-Bart qui propose une vision poétique et vivante des femmes ainsi mises en valeur.

Mots clés : André et Simone Schwarz-Bart – intersectionnalité – témoignages – légendes – traduction

 

Anaïs Stampfli est Première assistante en section de français, à l’Université de Lausanne. Sa thèse intitulée La Coprésence de langues dans le roman antillais contemporain a été publiée en 2021 chez Peter Lang et un recueil d’entretiens menés auprès d’écrivains caribéens paraîtra dans ce prolongement. Elle a publié plusieurs articles sur les langues d’écriture des romanciers martiniquais et guadeloupéens, ainsi que sur la traduction d’écrits plurilingues. Parallèlement, elle a dirigé un dossier sur le récit de voyage aux Outremers français paru en mars 2019 dans la revue Viatica

 

 

Valérie Cossy – Présence objective des corpus et processus subjectif de rememory selon Jean-Marie Volet et Margaret Busby

À partir de la bibliothèque de littérature francophone féminine subsahariennes constituée par Jean-Marie Volet, cet article interroge le tournant épistémologique qui a marqué l’étude de la littérature et des sciences humaines à la fin du XXe siècle. Cette collection est mise en perspective grâce à une comparaison avec les anthologies de Margaret Busby parues en 1992 et 2019. La démarche de l’un et de l’autre est éclairée par les commentaires de Toni Morrison sur son roman Beloved (1987).

Mots clés : histoire littéraire, histoire, fiction, Afrique, anthologie, femme, gender

 

Valérie Cossy est professeure associée en études genre à la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne. Sa formation à Lausanne (licence) et Oxford (D. Phil.) lui a permis d’aborder par le biais de la littérature d’expression anglaise les questions posées par le genre dans le cadre des traditions symboliques européennes. Elle est l’auteure de nombreux articles et, entre autres, de Isabelle de Charrière. Écrire pour vivre autrement (Lausanne, 2012) et Alice Rivaz. Devenir romancière (Genève, 2015).

 

 

Fatoumata Seck – La sutura dans l’intercase : Goorgoorlou et le travail des femmes

Au Sénégal, les politiques d’ajustement structurel ont influencé les rapports de pouvoir entre les sexes. Nous examinons l’ambivalence des portraits des femmes dans les planches de la BD d’A. Mendy, Goorgoorlou, qui met en scène le défi quotidien des ménages en proie à cet ajustement. Le concept de sutura (discrétion), comme instrument heuristique, permet d’analyser comment les stratégies féminines sont présentées, autant dans l’expérience de lecture que dans le sens et le contenu des histoires.

Mots clés : femmes, économie, sutura, intercase, Sénégal

 

Fatoumata Seck est professeure adjointe de littérature à l’Université de Stanford (USA) où elle enseigne les littératures francophones de l’Afrique et de sa diaspora au sein du Département de littératures et langues étrangères. Ancienne professeure adjointe à City University of New York (CUNY/CSI), elle est aussi chercheuse au Center for Comparative Studies in Race and Ethnicity de Stanford. Ses recherches portent sur les rapports entre la littérature, la culture et l’économie en Afrique subsaharienne, des Indépendances à nos jours. Elle s’intéresse aux processus d’appropriation de la langue française en Afrique francophone suivant les ajustements structurels, ainsi que les rapports de genre dans la période postcoloniale et néolibérale 

 

 

Hanane Raoui – Le phénomène drag king

Cet article met en lumière des femmes originaires de pays subsahariens qui performent la masculinité et s’auto-façonnent une image fictionnelle dans l’entre-deux des identités genrées, manière de faire voler en éclats les stéréotypes fondés sur le sexe, suggérant que l’homme est supérieur à la femme. Il s’agit de montrer qu’au-delà d’un simple déguisement, l’identification à la masculinité représente pour ces femmes drag kings une double expression de contrainte et de libération.

Mots clés : drag kings, performance, gender, Afrique subsaharienne, libération

 

Hanane Raoui est professeur-assistante à la Faculté des lettres de Kénitra au Maroc, au Département de Langue et de Littérature françaises et membre du laboratoire Littérature, Art et Ingénierie Pédagogique. Elle a soutenu sa thèse sur la question des identités queer dans le courant néoclassique, s’intéresse aux études genre et a participé à de nombreuses manifestations scientifiques autour du genre et de la femme, notamment à l’étranger, et a publié plusieurs articles sur le sujet.

 

 

 

Benoît Turquety – Otages : des femmes dans l’histoire. À partir de Sembène Ousmane

Emitaï (1971) et Ceddo (1977) constituent une sorte de diptyque au sein de l’œuvre filmée de Sembène Ousmane : un village y est confronté à une transition historique majeure, assiégé par une force extérieure face à laquelle il s’agit de décider s’il faut ou non résister. La violence passe par la prise en otage du féminin. Cet article étudie comment, à partir de ce principe commun, les deux films adoptent des schémas opposés, Sembène opérant une critique radicale de la figure de la femme otage de la société patriarcale, et l’incarnant en des femmes qui, seules ou ensemble, ne cessent de la déborder.

Mots clés : Sembène Ousmane, Emitaï, Ceddo, cinéma, féminisme, colonialisme

 

Benoît Turquety est Professeur en Section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne. Diplômé de l’École nationale supérieure Louis-Lumière et docteur de l’Université Paris 8, il a dirigé le projet de recherche FNS « Bolex et le cinéma amateur en Suisse ». Son ouvrage, Inventer le cinéma. Épistémologie : problèmes, machines (Lausanne, L’Âge d’Homme, 2014), prix international Maurizio Grande 2015, est paru en anglais chez Amsterdam University Press. Ses recherches récentes portent notamment sur les enjeux de la transition numérique dans le cas des productions africaines. Dans cette perspective, Medium, Format Configuration : The Displacements of Film a été publié en 2019 (Lüneburg, Meson Press).

 

 

Coudy Kane – La figure féminine entre l’écrit et l’image chez Fatou Diome et Sembène Ousmane

Les figures féminines créées par Diome et Sembène oscillent entre « la prise en compte de l’émancipation des femmes réelles et des fantasmes misogynes ». Face à ces contradictions, une représentation réaliste, au cinéma, restaure à la femme sa quotidienneté souvent passée sous silence, alors que l’éloge de sa perfection est décrié par les écrivaines. Cet article porte sur la manière dont le cinéma et la littérature proposent de dépasser la simple dénonciation de l’oppression.

Mots clés : femme, quotidienneté, autonomie, Fatou Diome, Sembène Ousmane

 

Coudy Kane est enseignante-chercheur à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'UCAD à Dakar, membre du Laboratoire d’Études africaines de l’école doctorale Arts, Cultures, Civilisations (ARCIV). Ses recherches interrogent l’imaginaire poétique et la déconstruction du récit dans le roman africain francophone, mais aussi la littérature féminine et les études postcoloniales. Elle a publié plusieurs travaux consacrés à la littérature du terroir. Objet de sa thèse, et aux rapports que celle-ci entretient avec la « littérature-monde ». Elle a aussi à son actif des publications portant sur la littérature des émigrés africains, en particulier l’œuvre d’Amadou Elimane Kane. 

 

 

Kodjo Adabra – Pouvoir et paradoxe féminins à l’écran d’Ousmane Sembène : les cas de Moolaade et de Faat Kiné

À travers Moolaade et Faat Kiné, Ousmane Sembène critique l’ordre patriarcal et défend l’émancipation des femmes africaines. Dans cette contribution, notre analyse, par une nuance non superfétatoire, va au-delà du vraisemblable qui permet de non seulement glorifier le féminisme de Sembène mais aussi de remettre en cause l’acte paternaliste intrinsèque à l’approche négo-féministe du réalisateur, paradoxe que nous démontrons dans la construction du pouvoir féminin chez les héroïnes Kiné et Collé.

Mots clés : négo-féminisme, émancipation, patriarcat, cinéma africain, Sembène

 

Kodjo Adabra est chef du Département des Langues et Littératures et professeur de littérature francophone à l’Université de l’État de New York, campus de Geneseo. Ses recherches portent principalement sur l’œuvre journalistique de l’auteur camerounais Alexandre Biyidi Awala, alias Mongo Béti, et sur les romans du Togolais Kangni Alem. Il dirige un programme d’été de son université au Sénégal où il a développé un intérêt pour le cinéma d’Ousmane Sembène. Ses publications académiques sont parues dans des journaux aux États-Unis, au Canada, au Togo et à Cuba.

 

 

Daddy Dibinga – Présence des femmes dans les films documentaires de réalisatrices sénégalaises : En attendant les hommes de Katy Lena Ndiaye et Congo, un médecin pour sauver les femmes d’Angèle Diabang

À partir de l’analyse comparative des films En attentant les hommes et Congo, un médecin pour sauver les femmes, réalisés par deux Sénégalaises (Kati Lena Ndiaye et Angèle Diabang), il s’agit de montrer comment, avec l’aide du média et du contact avec les réalisatrices, les femmes interviewées passent d’une situation d’enfermement à une situation « ouverte » que la caméra et le discours manifestent.

Mots clés : Angèle Diabang, Katy Lena Ndiaye, cinéma, documentaire, réalisatrices

 

Daddy Dibinga est réalisateur-documentariste et chercheur au sein du Groupe de Recherches en Analyse des Discours de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Ses recherches portent sur la représentation et la sémio-pragmatique dans le cinéma africain. Il a à son actif plusieurs publications dont la plus récente est « Le rôle de l’État congolais vis-à-vis du cinéma », dans État et cinéma en Afriques francophones. Implication, acteurs, impacts depuis les indépendances (dir. Claude Forest, 2020).

 

 

Lucienne Peiry – Baya Mahieddine, Chaïbia Talal et Seyni Awa Camara. L’émancipation du corps et de l’esprit

Illettrées et d’origine humble, l’Algérienne Baya (1931-1998), la Marocaine Chaïbia (1929-2004) et la Sénégalaise Seyni Awa Camara (1945) trouvent dans la création artistique une forme d’émancipation et de résistance puissante, tout en laissant s’épanouir une inventivité esthétique et plastique saisissante. Donnant libre cours à leurs impulsions créatrices, elles s’attachent tout particulièrement à la représentation de la figure féminine dans leurs peintures et leurs sculptures.

Mots clés : Baya, Chaïbia, Awa Camara, Art brut, résistance, inventivité

 

Historienne de l’art, Lucienne Peiry a organisé plus de trente expositions en Europe et au Japon et a écrit ou dirigé plus de trente publications consacrées à l’Art Brut. Elle a dirigé la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, avant d’être nommée à la direction de la recherche et des relations internationales de ce même musée (2012-2014). Lucienne Peiry a consacré sa thèse de doctorat à l’Art Brut et à l’histoire de la collection initiée par Jean Dubuffet ; cette étude a paru aux éditions Flammarion, en français, anglais, allemand et chinois. Depuis 2010, elle donne un cours sur l’Art Brut à l’EPFL, au Collège des Humanités. www.notesartbrut.ch

 

 

Xavier Garnier – Les femmes monumentales d’Yvonne Vera. Proposition de lecture écopoétique

L’écriture de la romancière zimbabwéenne Yvonne Vera passe par un rapport concret aux lieux pour dire les grandes violences historiques qui ont traversé l’Afrique australe. Le récit de ce qui arrive à leurs corps permet de dire la façon dont elles portent l’histoire du pays et lui donnent une voix. Les femmes, chez Yvonne Vera, sont monumentales parce que leurs corps blessés, atrocement mutilés, restent debout et se découpent dans le ciel comme de grandes silhouettes rocheuses qui parlent au monde.

Mots clés : écopoétique, Yvonne Vera, lieux, femmes, corps

 

Xavier Garnier enseigne les littératures francophones à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Ses recherches portent sur l’évolution des formes narratives dans le roman africain de l’époque coloniale à nos jours. Il s’intéresse notamment à la question des littératures en langues africaines et a publié en 2006 un ouvrage sur le roman swahili, qui a récemment été traduit en anglais. Son dernier ouvrage est consacré au romancier congolais Sony Labou Tansi : Sony Labou Tansi. Une écriture de la décomposition impériale (Karthala). Il dirige actuellement le projet de recherche IUF « Cartographie écopoétique des littératures africaines ».

 

 

Eric Touya de Marenne – Voix politiques, transcendantes et transgressives dans les œuvres de Véronique Tadjo et Isabelle Eberhardt

À travers leur expérience d’écoute, les deux auteures reconfigurent leur subjectivité, et proposent une dimension transcendantale, en tant que « priorité morale superlative de l’autre personne » (Levinas). Leur interprétation de la voix de l’autre a également des implications politiques dans la mesure où elle est transgressive. Pour développer cet argument, nous explorerons la pensée de Homi Bhabha, Paul Ricœur, et Martha Nussbaum.

Mots clés : transgression, transcendance, altérité, écoute, voix

 

Professeur à l’Université de Clemson (USA), Éric Touya de Marenne a reçu son D.E.A. en littérature comparée à l’Université Paris IV Sorbonne et son doctorat en langues et littératures romanes à l’Université de Chicago. Il est lauréat de plusieurs prix académiques et est l’auteur de Musique et poétique à l’âge du symbolisme (Paris, 2005), French-American Relations: Remembering D-Day after September 11 (Lanham, 2008), Francophone Women Writers: Feminisms, Postcolonialisms, Cross-Cultures (Lexington Books Publishing, 2011, Paperback reissue 2013), The Case for the Humanities: Pedagogy, Polity, Interdisciplinarity (Lanham, 2016), et Simone de Beauvoir: le combat au féminin (Paris, 2019).

 

 

Amandine Herzog-Novoa – Pouvoir de la parole et parole de pouvoir au féminin chez Nicole Cage-Florentiny : « les fous ne sont pas ceux qu’on croit »

Dans le roman C’est vole que je vole de N. Cage-Florentiny, trois stratégies déconstruisent des stéréotypes féminins et dénoncent le patriarcat : d’abord le pouvoir de la parole en tant que vecteur contestataire, perceptible autant par des allégories que le trouble mental de Malaïka, puis le processus métanarratif qui traverse le récit. Celui-ci incarne, selon nous, la catharsis de la narratrice malade, grâce au procédé d’écriture dévoilé au lecteur, troisième stratégie à l’œuvre.

Mots clés : Nicole Cage-Florentiny, Martinique, maladie mentale, stéréotypes, contestation

 

Amandine Herzog est assistante-doctorante à l’Université de Berne où son projet de thèse porte sur la « Poétique de la maladie mentale en situation interculturelle », (dir. Prof. P. Suter et Prof. Ch. Le Quellec Cottier). Son article, « Le Club des miracles relatifs de Nancy Huston : la dystopie pour traduire des états limites », vient de paraître dans le collectif Poétique des frontières (MētisPresses, 2021).

 

 

Moussa Sagna – Écriture de soi et expérience fictionnelle chez Fatou Diome : entre auto-thérapie et contestation du pouvoir

L’œuvre romanesque de Fatou Diome est souvent réduite à la question de l’émigration. Cette lecture semble être influencée par l’incapacité de l’auteure à choisir sa « véritable » patrie entre Niodior et Strasbourg. Pourtant, une autre lecture permettrait de constater qu’à l’intérieur des récits, Fatou Diome dénonce le masochisme des insulaires de son village. Aussi sera-t-il question d’analyser comment l’écriture de soi a abouti, chez elle, à une contestation du pouvoir des hommes de Niodior.

Mots clés : Fatou Diome, écriture de soi, contestation, féminisme, traumatisme

 

Docteur en littérature francophone comparée, Moussa SAGNA enseigne à l’UCAD à Dakar. Ses recherches portent principalement sur les subversions esthétiques, sur le traitement littéraire du concept d’identité dans la fiction francophone contemporaine. Il est l’auteur de nombreuses publications dont « Vue d’ici vue d’ailleurs : des fresques de l’Europe dans Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb et Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome » (2016), ainsi que de plusieurs articles et chapitres consacrés à Ken Bugul.

 

 

Koutchoukalo Tchassim – Femme sujet et femme objet : approche genre et féministe de Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Il s’agira de qualifier les représentations des trois héroïnes des récits de Trois femmes puissantes par Marie Ndiaye. L’analyse sociocritique du roman permet de considérer les trois personnages (Norah, Fanta et Khady Demba) comme simultanément présentés en tant qu’objets et sujets. Les figures féminines subissant les dérives autoritaires et mesquines des hommes, mais développent leur propre résistance. Leur négo-féminisme est partie prenant de leur statut de « femmes puissantes ».

Mots clés : femmes, Marie Ndiaye, sujet, objet, féminisme, genre

 

Koutchoukalo Tchassim est professeure (CAMES) à l’Université de Lomé. Elle a publié neuf ouvrages dont trois essais : Fictions africaines et écriture de démesure (Lomé, 2015) ; L’Image du Togolais nouveau dans l’œuvre romanesque de Félix Couchoro (Berne, 2012) ; Genre, identités et émancipation de la femme dans le roman africain francophone (Cotonou, 2018). Romancière et poète, elle publie depuis 2015 ; parmi ses titres : Le Rescapé colonial (Cotonou, 2019) et ELLE (Lomé, 2019).

 

 

Aïssatou Abdoulahi – L’Œuvre de Djaïli Amal : un miroir de la condition de la femme au Nord-Cameroun

Ancrée dans le contexte sahélien camerounais et reflet des mentalités de cette aire, l’œuvre de Djaïli met en lumière le difficile destin de la femme, compromis par les rigueurs socioculturelles et ce, à travers la polygamie, les violences conjugales et parentales. Il est question dans le cadre de cet article de voir comment ces romans reflètent la condition de la Sahélienne grâce aux outils de la sociopoétique, approche qui accorde une place de choix aux représentations sociales.

Mots clés : Djaïli A. Amal, femme, Pulaaku, Nord-Cameroun, sociopoétique

 

Aissatou Abdoulahi est titulaire d'un doctorat en littérature française et chargée de cours à l'Université de Maroua au Cameroun. Elle est enseignante de littérature française et francophone au Département de Lettres Bilingues à l’École Normale Supérieure de l’Université de Maroua et auteure de plusieurs publications sur Le Clézio, la littérature orale africaine (particulièrement la littérature peule) et la problématique du genre.

Djaïli Amadou Amal – Interview exclusive par Aissatou Abdoulahi

Née au Nord du Cameroun, Djaïli A. Amal subit un mariage forcé à l'âge de 17 ans. Après une répudiation, elle se remarie    avec un homme violent et abusif qu'elle parvient à quitter. Militante et écrivaine, elle défend les droits des femmes et dénonce les problèmes sociaux liés à la tradition et aux religions. En 2012, elle fonde l'association Femmes du Sahel qui lutte pour l'éducation des femmes et des jeunes filles dans le Nord-Cameroun. Inspiré de faits réels, son dernier roman Les Impatientes a reçu le prix Goncourt des Lycéens en 2020.

 

 

Ch. Le Quellec Cottier – Circulations éditoriales. Enjeux de la réception française du roman de Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes

Nous envisageons la diffusion d’œuvres littéraires depuis Afrique, avec le cas récent du roman de Djaïli A. Amal, Les Impatientes, lauréat 2020 du Prix Goncourt des Lycéens, qui a paru au Cameroun en 2017 sous le titre Munyal, les larmes de la patience. La comparaison des deux versions dément la motivation culturelle donnée par l’éditrice française de la transformation du texte, tout en confortant la « fabrication » par le centre d’une « vraie littérature d’Afrique ».

Mots clés : circulations éditoriales, D. A. Amal, Les Impatientes, Munyal, Éditions Emmanuelle Collas

 

Ch. Le Quellec Cottier est professeure titulaire à l’université de Lausanne où elle coordonne le Pôle pour les Études africaines de la Faculté des Lettres. Elle relit l’histoire littéraire africaine francophone au prisme d’une poétique de l’ethos (Études de lettres, 3-4, 2017) et elle a publié un essai sur Le Terroriste noir de Tierno Monénembo (Infolio, 2019). Elle est aussi directrice du Centre d’Études Blaise Cendrars, écrivain auquel elle a consacré de nombreuses publications ; elle a récemment co-dirigé le programme de recherche FNS « Le Primitivisme littéraire dans les avant-gardes littéraires (Paris, 1898-1924) ».

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